Transition démocratique en Gambie : le défi d’un voisinage pacifique

La Gambie imprime son empreinte dans les annales de l’histoire d’une transition pacifique au sommet de l’Etat. Adama Barrow a incontestablement battu, jeudi dernier 1er décembre, Yaya Jammeh l’autocrate invétéré des temps modernes. De par son insolence à proférer des injures publiques et son insouciance à donner du crédit à la politique étrangère de son pays assorti d’une tyrannie à faire taire un sourd-muet, son peuple a exprimé sa souveraineté en l’envoyant à la retraite. Bon vent Mister Jammeh pourvu que le peuple le lui pardonne

Les premiers résultats de la présidentielle en Gambie donnent Adama Barrow, le candidat de la coalition des partis de l’opposition, vainqueur de près de 4 points devant le président sortant Yaya Jammeh. Adama Barrow devient donc le 3ème président de la République indépendante de Gambie dirigée respectivement par Sir Dawda Kaïraba Jawara puis par Yaya Jammeh d’abord comme président du conseil des forces armées de la Gambie juste après avoir renversé Dawda Jawara le 22 juillet 1994 et élu le 18 octobre 1996. Ce jeune président qui s’est attribué tous les honneurs de despote va diriger ce petit pays enclavé à l’intérieur du Sénégal d’une main de fer avec à la clé des exécutions sommaires, des emprisonnements de leaders de partis de l’opposition et de privation des libertés d’expression.

La représentation timide de la presse lors de ce scrutin ainsi que le black-out général du réseau de communication en sont un baromètre manifeste d’entraves aux libertés individuelles et collectives.

Ce vote en faveur du leader de la coalition de l’opposition Adama Barrow sonne alors comme un désaveu général pour envoyer Jammeh à la retraite.

ADAMA BARROW, LE PARCOURS D’UN HOMME D’AFFAIRES

Il est né à Bassé en 1965 dans la partie Est de la Gambie où il fit ses études primaires avant de s’envoler à Londres pour des études supérieures en immobilier. Mais Adama Barrow s’est surtout illustré comme homme d’affaires très influent dans les milieux socio-politiques de la Gambie. Ses concitoyens l’ont préféré à Yaya Jammeh ce jeudi dans l’espoir de remettre le pays sur les rampes de la démocratie et de l’état de droit, le droit d’exprimer librement son opinion, d’aller et de venir sans restriction ou menace, bref, le peuple ne réclame que sa souveraineté qu’il vient d’exprimer aux dépens d’un autocrate mal éclairé.

QUELLE PERSPECTIVE POUR LE VOISINAGE AVEC LA GAMBIE ?

Le Sénégal et la Gambie avaient toujours entretenu des relations d’amitié, de fraternité et de bon voisinage. Cette proximité a conduit à la création en 1981 de la confédération sénégambienne mais qui sera dissoute huit ans après (1989) des suites de crises diplomatiques entre les deux Etats. Ces relations devenues quelque peu froides se sont détériorées davantage avec l’arrivée au pouvoir en 1994 du président Yaya Jammeh. L’affaire des armes iraniennes ayant transité par la Gambie en 2012 pour atterrir entre les mains des indépendantistes casamançais en rébellion sécessionniste depuis 1982. Le Sénégal a aussi dénoncé des abris ou base arrière des rebelles en territoire gambien notamment les chefs de guerre fuyant l’étau des forces armées sénégalaises.

L’autre source de discorde entre la Gambie et le Sénégal réside dans le trafic de bois. Des chinois retranchés dans les provinces de la Gambie ont noué des complicités avec les villageois sénégalais en zone de frontière pour développer des réseaux de trafic intense de bois. Par plusieurs fois, des incidents ont eu lieu en zone de frontière au sujet de ce commerce illicite sans doute florissant pour les multinationaux asiatiques.

La traversée du fleuve de Farafégny en Gambie a nourri de bouillantes contestations entre les populations des deux Etats. Ce bac engrange d’énormes recettes pour l’économie de la Gambie. Les surenchères et les innombrables hausses des tarifs et tracasseries ont plusieurs fois fait sortir les transporteurs sénégalais de leur gong pour dénoncer ces pratiques au travers des boycotts de l’axe et de la fermeture des frontière comme ce fut le cas en février 2016 et ce pour trois mois.

Face à toutes ces questions d’ordre diplomatique et géo-stratégique, le nouvel homme fort de Banjul et tombeur de l’un des plus virulents tyrans en activité en Afrique est attendu sur le terrain de la normalisation des relations sénégambiennes pour la consolidation de la dynamique de paix en Casamance et le réflexe de bon voisinage à travers la mobilité des personnes et des biens.
sudonline.sn

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