Emmanuel Macron au Cameroun, au Bénin et en Guinée Bissau : les enjeux de la tournée du président français

C’est la première visite d’Emmanuel Macron depuis sa réélection à la tête de l’Etat français en avril dernier.

Le président français entame ce lundi une petite tournée continentale qui l’amènera tour à tour au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau.

Que sait-on de la tournée d’Emmanuel Macron ?
La première étape de ce déplacement est le Cameroun, première économie d’Afrique centrale. Emmanuel Macron va s’entretenir mardi avec son homologue Paul Biya.
La présidence française explique que la visite a pour thème ‘’la crise alimentaire provoquée par la guerre en Ukraine, les enjeux de production agricole et les questions sécuritaires’’.
Selon l’Élysée, la présidence veut d’abord mettre en avant l’initiative FARM, lancée fin mars avec l’Union Européenne, le G7 et l’Union Africaine. Cette initiative a pour objet de doper la production agricole dans un contexte mondial d’insécurité alimentaire.
À côté, il y aura une table ronde à Yaoundé afin de permettre à de jeunes camerounais ayant participé au sommet Afrique-France à Montpellier, d’interagir directement avec le président français.
Au Bénin, la présidence française indique que lors de sa visite, Emmanuel Macron reviendra sur la question de la restitution des biens culturels.

La sécurité sera également au menu
Outre ces questions économiques, et culturelles, les aspects sécuritaires seront également abordés.
La sécurité reste préoccupante dans l’extrême nord du Cameroun où l’armée combat Boko Haram depuis 2014, tout comme dans l’ouest anglophone où le pays est confronté à un conflit séparatiste. Les affrontements entre l’armée et ces séparatistes depuis fin 2016 ont fait plus de 6 000 morts et plus d’un million de déplacés selon les Nations unies.
Au Bénin, l’ Élysée ne dit pas clairement s’il y a au menu des échanges entre le président français et son homologue Patrice Talon, la question des opposants dont Reckya Madougou et Joël Aïvo condamnés à 20 et 10 ans de prison.
Mais la présidence déclare qu’à chaque étape de cette tournée, les questions de gouvernance et d’Etat de droit seront sur la table.
Elle insiste sur l’aspect sécuritaire. Depuis novembre 2021, le nord du Bénin est confronté à une multiplication d’attaques terroristes. À en croire les autorités de la France, le Bénin souhaite un appui français en matière de soutien aérien, de renseignement et d’équipement.

Les enjeux diplomatiques ne seront pas en reste
Le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embalo a récemment pris la tête de la Communauté Économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Il est en charge des dossiers liés aux Coups d’Etats en Guinée, au Burkina Faso et au Mali dont les relations avec la France sont au plus bas.
L’ambassadeur de la France au Mali a été prié de quitter le pays.
On ne sait pas si la question de ces pays sera abordée lors de la rencontre avec les deux dirigeants.

Comment cette visite est-elle accueillie sur le continent ?
Selon le politologue béninois Joël Atayi-Gbèdègbé, la venue du président français n’est pas accueillie de façon unanime dans le pays.
‘’Dans le milieu panafricaniste, il y a eu une déclaration qui réprouve complétement l’idée de cette visite et à laquelle il est prêté l’intention d’un prolongement du pacte néocolonial’’, affirme M. Atayi-Gbèdègbé.
‘’Une telle visite dans le contexte des attentats terroristes dont le Bénin est récemment victime et surtout dans le contexte global du terrorisme en Afrique de l’Ouest, cette visite suscite la méfiance qu’elle conduise le Bénin à se laisser entraîner dans ce conflit en participant plus directement à la force Barkhane ou en abritant une base française au Bénin’’, ajoute-t-il.
M. Atayi-Gbèdègbé reconnaît cependant que ‘’c’est une visite qui est quand-même accueillie beaucoup de fierté et d’enthousiasme d’une autre part de l’opinion publique.’’
Si les trois pays qui doivent accueillir le président français ne sont pas des voisins immédiats, ils partagent par contre l’usage du franc CFA.

Une monnaie envers laquelle ‘’l’opinion publique africaine a montré de plus en plus d’exigence et pour tout dire, n’a pas manqué de souhaiter la rupture du lien ombilical’’, martèle le politologue béninois.
Pour M. Atayi-Gbèdègbé, ‘’au-delà de ces questions monétaires et économiques, il va s’en dire que c’est une tournée qui permettra probablement au président Macron de tenter de redorer son blason vis-à-vis de son opinion publique elle-même mais également vis-à-vis des chefs d’Etats africains, qui ont paru marginalisé, être l’objet d’une défiance, d’une volonté de contournement de l’Elysée qui avait convoqué il y a quelques mois à Paris, une partie de la jeunesse montante, des militants des ONG etc.
‘’Ce qui donne donc l’impression de vouloir contourner les Etats, de vouloir se passer des relations privilégiées qui a toujours présidé aux relations la France-Afrique. Au final, il s’agira de vérifier si le président Macron a été capable de renouveler la posture généralement critiquée des présidents africains et particulièrement de lui-même lors de ces rencontres.’’

Quelles peuvent être les retombées de cette visite pour la France ?
‘’Il s’agit de destinations assez importantes dans le repositionnement de la France en Afrique. Cette France qui fait face à l’inflation du sentiment antifrançais et dont le Cameroun, pays de stratégiquement bien positionné au cœur de l’Afrique centrale peut permettre aujourd’hui à la France de stopper par exemple la poussée russe qui vient du côté de la République Centrafricaine’’, explique Aristide Mono, politologue camerounais.
M. Aristide Mono d’affirmer qu’ ‘’au Bénin, il faut dire que c’est l’un des rares pays à forte dose de stabilité politique et sécuritaire dans une sous-région aussi bruyante que celle de l’Afrique de l’Ouest. Il en est de même de la Guinée-Bissau désormais à la tête de la CEDEAO. Donc, je me dis que la France est là pour sauver ses brebis pas encore égarées et pour récupérer les brebis égarées.‘’

La présence militaire française au Sahel alimente un sentiment de mécontentement de plus en plus répandu en Afrique de l’Ouest, face à la multiplication des attaques armées.
Et selon M. Mono, ‘’il est désormais clair que les pays et les peuples de ces régions sont de moins en moins réceptives au discours de la France. Pire, on note dans cet espace, une inflation de la dissidence anti-française.’’
Ce qui explique selon le politologue camerounais que ‘’la France serait ainsi à la quête des pays et des peuples qui peuvent encore lui offrir les chances d’une nouvelle santé en Afrique et lui permettre de se projeter à nouveau dans son pré carré ou du moins dans son quasi pré carré.
bbc.com
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