Sénat ou pas sénat, il faut d’abord comprendre comment il fonctionne, selon le Pr Ibou Sané

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Le sénat vu par le Pr Ibou Sané

Selon le professeur en Sociologie politique à l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, Ibou Sané

, le débat en cours suscité par l’idée d’un retour du Sénat sur les cendres du Haut conseil des collectivités territoriale (Hcct) se justifie par la perception que les Sénégalais ont de cette institution dont ils ignorent le rôle et le fonctionnement dans notre démocratie. Interpellé par Sud quotidien hier, vendredi 22 mars, sur l’opportunité de la création de certaines institutions qui ne survivent pas souvent au régime qui les ont créées, l’enseignant en Sociologie politique dit être convaincu que le Sénat pourrait jouer un rôle important dans la consolidation de la démocratie sénégalaise si sa mise en place respecte un certain nombre de critères.

«LES GENS NE VOIENT PAS EN REALITE LA FONCTION QUE JOUE LE SENAT ».

«Il faut tout simplement rappeler que le Sénat avait une fonction extrêmement importante et il complétait bien l’architecture institutionnelle qui était mise en place et qui permettrait à l’Assemblée nationale de faire une première lecture des textes et le Sénat une deuxième lecture. Malheureusement, comme vous le savez, les gens pensent que le Sénat est une chambre où on arrive à caser la plupart de ses militants. À mon avis, cette perception du rôle du Sénat se justifie par le fait que les gens ne comprennent pas bien la façon dont fonctionne un Sénat. Ils pensent que souvent que les institutions qu’on met en place sont budgétivores, que c’est une opportunité pour caser ses amis, ses copains, ses militants mais ils ne voient pas en réalité la fonction que joue l’institution. Le fait déjà, au Sénégal qu’on décide de supprimer le Sénat et de mettre en place le Haut conseil des collectivités territoriales montre bien que les deux institutions à peu près ont la même fonction. C’est le mode de désignation des membres du Sénat qui pose problème tout comme le mode de désignation des membres du Hcct. Si les Sénégalais avaient compris la fonction et qu’on arrivait à mieux mettre en place un dispositif qui permettrait aux uns et aux autres de s’accorder sur l’essentiel, je pense qu’on pourrait remettre au jour le Sénat comme cela existe dans les pays démocratiques. Quand vous allez en France, ou dans les grandes démocraties, vous verrez que c’est le Sénat qui est la deuxième chambre. Au Sénégal, on a voulu adapter la fonction du Sénat avec celle d’une autre institution qui est le Haut conseil des collectivités territoriales mais l’un dans l’autre, ça peut faire la même fonction. La seule innovation réside dans le fait qu’on a demandé au Haut conseil de jouer un rôle extrêmement important qui est de remonter les informations vers l’Etat. Je pense qu’on aurait pu laisser le Sénat fonctionner. Mais au Sénégal comme en Afrique quand on dit gouvernement, Assemblée nationale, Sénat, Conseil social économique et environnemental, on dit que c’est pléthorique. On ne sait plus ce que les Sénégalais veulent alors que tous ces gens-là font de la politique. S’il n’y a pas d’hommes politiques, il n’y a pas d’Etat et s’il n’y a pas d’Etat, les plus forts écrasent les plus faibles, ça va être de la tyrannie. Voilà pourquoi il faut que les gens sachent ce qu’ils veulent. Soit ils veulent qu’on ait un Etat fort avec des institutions fortes qui travaillent au service des populations ou bien alors on laisse tomber tout et en ce moment, la domination va continuer.

«IL NOUS FAUT UN CONSENSUS POUR REMETTRE EN PLACE LE SENAT DONT LES MEMBRES SERONT TOUS ELUS»

«Le grand mal en Afrique, c’est que si vous continuez à écouter les gens de quelques bords qu’il soit, que ce soit la société civile, les hommes politiques, les journalistes, vous n’allez pas avancer. Je pense que c’est un problème de conviction. Si vous êtes convaincus que ces institutions vont jouer un rôle capital, mieux vaut les mettre en exergue. Si vous n’êtes pas convaincus maintenant parce que les gens vont vous critiquer, vous remettre en cause sans même apporter les éléments de réponse positifs par rapport à ça, vous perdez votre temps. Je pense que les gens doivent s’accorder une fois pour toutes pour ce qui est du Sénat sur la nécessité à mettre en place cette deuxième chambre qui est spéciale, indispensable et qui complète même notre architecture institutionnelle et l’Assemblée nationale. Maintenant, je précise que cela doit se faire à la seule condition qu’on ne désigne pas les futurs sénateurs mais qu’ils soient tous issus des suffrages universels, le vote direct. Le fort de la démocratie, c’est le consensus. Il nous faut donc trouver ce consensus pour remettre en place ce Sénat et passer à d’autres problèmes parce qu’il n’y a pas que la politique dans la vie, il y a également l’économie, le social, l’environnement. Il faut qu’on s’occupe aussi des problèmes de développement. Pour cela, tout le monde doit accepter de se retrouver autour d’une table pour discuter. On doit éviter à tout prix la politique de la chaise vide si on veut la paix sociale. La minorité ne doit pas refuser la main de la majorité car la démocratie, c’est la loi de la majorité et une fois que cette majorité aura décidé, c’est fini. Il n’appartient pas à la minorité de dicter sa loi à la majorité».
sudonline.sn
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