Rentrée scolaire 2017-2018 sous la menace d’éventuelles perturbations

Rentrée scolaire
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Plus d’un million d’élèves reprennent, ce lundi 9 octobre 2017, le chemin de l’école

avec pour certains la joie de retrouver leurs camarades, alors que des milliers de professeurs ont déjà fait leur pré-rentrée mercredi dernier. Cette rentrée scolaire se fera aussi avec son lot de facteurs risquant de compromettre la qualité des enseignements. Et parmi ces facteurs, le premier d’une année scolaire se présentant sous un horizon nuageux est le respect du quantum horaire qui risque de connaître un grand coup de massue, avec les éventuelles perturbations annoncées par les syndicats d’enseignants. Les préavis de grève fusent en effet de partout pour l’application des accords inscrits dans le procès-verbal.

A fortiori, les abris provisoires, les classes à double flux (Cdf) ou classes multigrades (Cmg), voies incontournables pour l’accès à l’éducation universelle devant la rareté des ressources, se multiplient à l’aune de la mise en œuvre du Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet). En 2016, on compte 12 980 Cmg, 2894 Cdf sur l’ensemble du territoire. Raison suffisante pour la Cosydep de s’interroger dans quelle mesure est-il possible d’allier les objectifs de démocratisation et d’amélioration de la qualité de l’éducation ? Qui plus est, le cumul des abris provisoires dans l’élémentaire et le moyen secondaire s’élève à 6874 pour 68690 salles de classe, soit un taux de 10%. Et encore…

Bonjour les préavis de grève !

Par décret 2017-1344 du 15 juin 2017 relatif aux trimestres et à la durée des congés et vacances dans les établissements scolaires, l’année 2017-2018 démarre aujourd’hui, lundi 09 octobre 2017, pour les élèves. Pour cette année, pas de délai de grâce pour le gouvernement. Les syndicats d’enseignants ont annoncé les couleurs en décidant de déposer des préavis de grève et donc de déterrer la hache de guerre en dépit des rencontres avec leur ministère de tutelle et le Haut conseil du dialogue social (Hcds). En déplorant l’inertie du gouvernement face à la prise en charge des accords signés, l’Organisation démocratique des enseignants du Sénégal (Odes) et le syndicat unitaire démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes) ont annoncé officiellement le dépôt de leur préavis de grève. Le Syndicat des enseignants libres du Sénégal (Sels), le Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire (Saemss), le Cadre unitaire des enseignants du moyen secondaire (Cusems) n’excluent pas cette option. Un front unitaire est en train de se constituer pour l’application, entre autres du paiement des indemnités d’examens, du système de rémunération des agents de l’Etat, de la publication des décrets portant sur le statut des élèves-maîtres, sur l’Ecole nationale d’administration. Ces gages de stabilité pour les syndicats d’enseignants, sont loin d’être une mince affaire, car la question de l’indemnité de logement n’est pas envisagée dans le budget 2018 », annonce le ministère de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam.

70% d’échec dans le secondaire, 55% dans le moyen et 44% dans l’élémentaire en 2016

Cette posture entre acteurs majeurs du système scolaire risque de porter préjudice aux élèves face à une école qui continue de tomber en déliquescence. Les résultats scolaires de l’année scolaire 2016/2017 ont été catastrophiques. Le taux de réussite du Bac a connu une chute de 5 points avec 31,6% en 2017 contre 36,6% en 2016, tout comme les examens du Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee) et le Bfem qui ont respectivement enregistré 45% en 2017 contre 54% en 2016 et 56% en 2017 contre 58% en 2016. Pour un budget annuel de 402 milliards FCfa, l’école a obtenu 70% d’échec dans le secondaire, 55% dans le moyen et 44% dans l’élémentaire. Un système d’échec qui pousse certains acteurs à parler d’un pilotage à vue du secteur, loin d’être dans une dynamique d’atteindre l’objectif 4 du développement durable.

Le rapport national sur la situation de l’éducation (Rnse) de 2016 de la direction de la Planification et de la Réforme de l’Education (Dpre) en donne une réponse probante des facteurs de décadence du système. Dans le préscolaire, on note un déficit de 11097 structures pour la prise en charge de l’ensemble des enfants âgés de 3 à 5 ans pour couvrir la demande potentielle estimée à 1 282 417 enfants. En 2016, seules 23,7% des écoles élémentaires publiques disposent d’électricité contre 22,7% en 2015, soit une légère hausse de 1,0%. Au niveau national, 72,8% des écoles disposent de latrines (toilettes) et 38,50% de murs de clôture. Le rapport de la Dpre a relevé un taux d’abandon de 18,4% dans le moyen et 9,8% dans le secondaire. La déperdition est plus importante en classe de troisième, où le taux de redoublement est de 25,7%. Il en est de même pour ce qui est particulièrement du taux de redoublement (23,5%) en classe de quatrième. Dans le secondaire général, le redoublement en fin d’année scolaire 2014-2015, est de 23,6% contre 21,1% en 2013/2014, soit une augmentation de 2.5 points de pourcentage. Le taux des abandons (9,8%) est encore élevé dans le secondaire général.

12 980 classes multigrades et 2894 classes double flux

Dans la revue documentaire de la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep), on compte 12 980 classes multigrades (Cmg) contre 6394 en 2006 et 2894 classes à double flux (Cdf) en 2016 sur l’ensemble du territoire, alors que depuis 2004 la décision de faire disparaitre les Cdf du système avait été prise dans le cadre d’accords entre le Gouvernement et les syndicats d’enseignants.

Selon la Cosydep, « ce phénomène déteint négativement sur la qualité des enseignements apprentissages, les insuffisances et l’inadéquation du matériel et des supports didactiques, le rythme languissant de la mise en place d’infrastructures de qualité ». Avant d’indiquer que « cette situation est d’autant plus paradoxale qu’un recul a été constaté dans les efforts de prise en charge pédagogique de ces types de classes ».

Par conséquent, les facteurs d’échec des classes à double flux ne manquent pas. Ils vont, lit-on dans la revue, de l’insuffisance du temps d’apprentissage (quantum horaire) à l’absence d’une véritable ingénierie pédagogique chez les enseignants en passant par l’irrespect des normes et l’absence totale d’activités extra- muros composante essentielle du système. En plus de l’absence de matériels et supports didactiques dans les Cdf, les problèmes d’ordre pédagogique concernent essentiellement les enseignants. Ces derniers sont insuffisamment formés pour la tenue de classes à double flux.

« En vérité, à y regarder de près aucun dispositif de dépérissement progressif des CDF n’est élaboré ni au niveau central ni au niveau déconcentré. La dénaturation de ce système de classes se poursuit inexorablement sans que personne ne s’en émeuve », estime la Cosydep.

6874 abris provisoires

En revenant sur les grands principes comme l’égalité des chances, la démocratisation de l’enseignement ou l’accès équitable à une éducation de qualité pour tous, la Cosydep indexe les abris provisoires en relevant que le cumul des abris (local en pailles, en branchages, banco, planches, bâtiment emprunté etc.) dans l’élémentaire et le moyen secondaire s’élève à 6874 pour 68690 salles de classe, soit un taux de 10%. Beaucoup de travaux montrent que ces types de locaux ne garantissent pas la qualité de l’environnement scolaire. Ce constat est d’autant plus préoccupant que ce sont surtout les régions périphériques les moins dotées de ressources qui abritent le plus grand nombre d’abris provisoires et de classes complexes. La région de Sédhiou est la plus affectée par les abris provisoires. 682 abris provisoires au niveau de l’élémentaire contre 2409 salles classiques, soit 28,31%. Pour l’enseignement moyen et secondaire général, on note 476 abris contre 1134 salles classiques, soit 42,08%. « Il s’agit là d’une grave conjonction de facteurs qui peuvent hypothéquer les chances de réussite des élèves », fait savoir la Cosydep.
sudonline.sn

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