Législatives 2017-15 députés de la diaspora: « le diable est dans les détails »

députés de la diaspora
Papa Ibrahima Sow Asa

Date des prochaines législatives, le «2 juillet 2017»… La grande nouveauté cette année, c’est que les Sénégalais de la diaspora auront une quinzaine de députés pour les représenter à l’Assemblée nationale. C’est ce que dit le texte adopté le 2 janvier dernier, qui retient l’option du «scrutin majoritaire» et la subdivision de l’extérieur du pays en «huit départements électoraux». C’est à la fois une «vieille doléance», une «note positive» et une «promesse tenue», nous disent nos interlocuteurs, qui se posent tout de même un certain nombre de questions. «Le diable est dans les détails», dit à ce sujet le président de l’Association des Sénégalais d’Amérique (Asa). Papa Ibrahima Sow, comme la plupart de ceux que nous avons rencontrés, s’attend à ce que ces élus soient des personnes expérimentées, issues de «la diaspora profonde», et avec, pourquoi pas, «un passé militant». Et attention, dit-on encore, à ce que la politique ne vienne pas tout gâcher !

Prenez donc le temps d’en toucher un mot à Abdou Diallo, le Coordonnateur fédéral de l’Alliance pour la République (Apr) aux Etats-Unis, et vous verrez ce qu’il vous répondra…A quelques détails près, sans doute vous rappellera-t-il cette «vieille promesse électorale» faite à l’époque par le candidat Macky Sall, qui avait voulu «faire de la diaspora la 15ème région du Sénégal», et disons, ce sont ses mots à lui, que «le président de la République a tenu parole».

On cite encore le texte du 2 janvier dernier, adopté par l’Assemblée nationale, qui accorde à cette même diaspora la possibilité d’avoir une quinzaine de députés pour la représenter à l’Assemblée nationale. Parmi les arguments qui reviennent très souvent, il y a tout ce que les Sénégalais de l’extérieur rapporteraient à «l’économie nationale», et qui serait de l’ordre de «900 milliards de FCFA» ; un montant qui représenterait quelque chose comme «le tiers du budget national de 2017».

C’est un argument qui revient chez les émigrés eux-mêmes, mais ils vous rappelleront avant tout qu’ils sont des citoyens sénégalais comme les autres, un peu comme s’ils craignaient que l’on finisse plus ou moins par les oublier. C’est à la fois «une note positive» et «une vieille doléance», dit à ce sujet le président de l’Association des Sénégalais d’Amérique (Asa), Papa Ibrahima Sow, qui se réjouit que l’Etat se soit «rendu compte que l’on ne pouvait pas construire une démocratie, quand le quart de la population n’était pas représenté à l’Assemblée nationale». Car selon certains chiffres, il y aurait quelque chose comme «2,5 millions» de Sénégalais à l’étranger.

Pour le Consul général du Sénégal à New-York, c’est aussi une «très bonne chose» que la diaspora ait son mot à dire à l’Hémicycle, ne serait-ce que pour «sa contribution au développement du pays, en termes de flux financiers». Sans oublier, selon El Hadj Amadou Ndao, que les «préoccupations de nos compatriotes établis à l’étranger peuvent être différentes de celles de nos compatriotes restés au Sénégal». Idem pour le Coordonnateur fédéral de l’Alliance pour la République (Apr) aux Etats-Unis, Abdou Diallo, qui ajoute que, avec tout le respect qu’il peut avoir pour eux, «les députés installés au Sénégal auront peut-être un peu de mal à défendre la cause des émigrés. Personne ne pourra le faire à notre place. Ce sont les gens qui sont ici, avec nous, qui connaissent nos problèmes, nos doléances et nos préoccupations, et qui pourront légitimement porter notre cause à l’Assemblée nationale».

La «diaspora profonde»

La question des hommes…et des femmes, vaste sujet ! Pour El Hadj Amadou Ndao, qui insiste sur «l’expérience» de ces messieurs et dames, «il reviendra aux communautés sénégalaises établies à l’étranger de faire ces choix-là», qui «reposeront fortement sur la représentativité des candidats». Ou alors, comme dirait Papa Ibrahima Sow, «il serait plutôt souhaitable que ces députés-là» soient issus de ce qu’il appelle «la diaspora profonde». Mise en garde de Ndèye Fall : «Il ne faudrait pas que la politique vienne tout gâcher, et les députés de la diaspora devraient être au-dessus des partis politiques. Ce seront les élus de la diaspora, au service des immigrés». La Représentante du Parti démocratique sénégalais (Pds) aux Etats-Unis propose d’ailleurs qu’ils aient leur «groupe parlementaire à eux ».

En attendant, les choses ne sont pas encore très claires pour les personnes concernées. Voilà ce qu’en dit par exemple le Consul général du Sénégal à New-York : «L’Assemblée nationale a déjà exprimé son vote, en faveur des 15 députés, mais on attend de voir ; on n’a pas encore de lisibilité sur cette question. Pour les candidatures, comment les exprimer, ce n’est pas encore très clair : est-ce que ce sera par signature, sur une liste, un candidat et un colistier…Ce sont des questions pour lesquelles on n’a pas encore de réponses précises, mais on espère que ce sera pour très bientôt.»

A côté de la loi, il y a donc, évidemment, quelques «détails» à prendre en compte. Et le «diable est dans les détails», dixit Papa Ibrahima Sow : «Il faudrait que l’on connaisse les modalités de la mise en place, de la mise en œuvre de tout cela ». Le président de l’Asa ne serait pas favorable, par exemple, à ce que des «groupes politiques» viennent tout rafler… «Et si ce sont des postes, que se disputeront les partis politiques les mieux organisés, ce sera presque comme avant. Parce que, dans le passé, des partis politiques ont investi sur leurs listes des Sénégalais de la diaspora, mais je pense que ce ne sera pas sous cette forme-là. Je crois que cette fois-ci, si les partis politiques doivent investir quelqu’un, ils choisiront des personnes qui ont quand même un passé militant dans les causes et dans les questions des Sénégalais de l’extérieur ».

Ambitions, projections et appréhensions

Le mode de scrutin, lui non plus, n’est pas très clair pour tout le monde, pas plus que la question de la répartition des sièges. Dans le document que nous avons consulté, il est question d’un «scrutin majoritaire», ce qui signifie, mutatis mutandis, que «le candidat qui obtient le plus grand nombre de votes, dans une circonscription ou zone électorale, est élu». L’extérieur du pays, c’est ce que dit le texte, devrait justement être subdivisé en «huit départements électoraux» : Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Afrique du Centre, Afrique australe, Europe du Centre et du Nord, Europe du Sud, Amériques-Océanie, Asie-Moyen-Orient.

En attendant, on fait certains calculs. Pour le Coordonnateur fédéral de l’Apr, Abdou Diallo, les Etats-Unis, à eux seuls, mériteraient «au moins deux députés», ne serait-ce que pour ce que représentent, selon lui, les Sénégalais qui y sont installés, et aussi pour ce qu’ils apportent au Sénégal. On imaginera que c’est le même discours que tiennent d’autres Sénégalais de l’extérieur…

Mais encore faudrait-il qu’ils soient au courant…Amina, par exemple, que nous avons rencontrée un matin dans les couloirs du Consulat, a eu bien du mal à cacher sa surprise : «On va élire des députés ?» Passée la surprise, l’indifférence, puis le mépris : «Ce ne sera pas autre chose que du copinage ; on va choisir des personnes pas qualifiées, qui ne représentent pas grand-chose ici et qui ne le mériteront pas».

Idem pour cette jeune femme que nous avons rencontrée quelque part sur la 116ème rue, bien cachée sous ses initiales : N. S. Les députés de la diaspora ? Elle non plus n’en savait rien, mais la jeune étudiante ne perd pas le Nord. Elle prêche pour sa paroisse : «A mon avis, ces députés-là devraient nous faciliter la tâche à nous autres étudiants (…) Le visa étudiant aux Etats-Unis nous autorise à y séjourner pendant deux ans, quand il s’agit d’une petite université, ou quatre ans, quand on est accepté dans une grande université. Que ces députés-là travaillent pour avoir un accord avec l’ambassade des Etats-Unis, qui nous permettrait d’avoir le visa pour une plus longue période. (…) Et pour ceux qui auraient un visa de deux ans, qu’on leur facilite un peu les choses pour la Green Card par exemple, et qu’on donne le choix à ceux qui ont terminé leurs études : partir ou rester».

L’accès au financement

Mouhamed Ndiaye, qui reconnaît qu’il a suivi le sujet, estime quant à lui que les futurs élus de la diaspora devraient pouvoir «encourager ceux qui sont à l’extérieur du pays : On a beaucoup de projets, mais on a comme le sentiment que personne ne nous aide ».

Parmi les besoins de la diaspora, on cite «l’accès au financement», dans un contexte où les choses ne sont pas toujours très évidentes. Papa Ibrahima Sow fait remarquer que si les choses sont devenues si compliquées, c’est parce que «l’immigration n’est plus ce qu’elle était», quand on sait que «les pays d’accueil eux-mêmes connaissent des problèmes économiques. La crise aiguë qui a traversé les Etats-Unis il y a quelques années n’a pas épargné les Sénégalais ; les principales activités qui les emploient sont des activités libérales, la majorité d’entre eux conduisent des taxis ou ont des salons de coiffure, ou alors ce sont des marchands ambulants, et la crise a touché de plein fouet ces activités».

A côté, il y a tous ceux qui, comme N.S., vous avoueront qu’en fait, ils vivotent : «On vit plus ou moins avec la moitié de ce que l’on gagne, qui ne nous sert pas à grand-chose finalement, tandis que l’autre moitié est envoyée au Sénégal (…) On a envie de rentrer, mais quand on pense que l’on pourrait ne pas trouver de travail, on est très vite découragé. Et quand on étudie ici, on n’a pas vraiment le droit de travailler : on a droit à 20h de travail par semaine pendant l’année scolaire, et à 40h pendant les vacances…On devient indépendant, personne pour nous envoyer de l’argent, et la plupart des jeunes Sénégalais qui arrivent ici finissent par abandonner les études, parce qu’ils n’arrivent tout simplement pas à joindre les deux bouts. »
sudonline.sn

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