Les « cas Aïcha Diallo », les urgences et l’éducation au Sénégal

La mort de la petite Aïcha Diallo à l’hôpital de Pikine, à Dakar au Sénégal, a fait les choux gras des médias et défrayé la chronique. La jeune fille de 12 ans aurait succombé à une hémorragie entre le dimanche 15 et le lundi 16 octobre, victime d’une situation confuse mettant en cause le personnel médical et administratif.

Le drame a pris une tournure rocambolesque qui a mis au goût du jour la politique de santé du pays, l’état des structures publiques de santé, leur répartition sur le territoire national, leur niveau d’équipement, la qualité du plateau technique, entre autres. La vocation et le sens des responsabilités du personnel ont été particulièrement épinglés. C’est une tragédie qui a également interpellé les sénégalais dans leur éducation et leur comportement de tous les jours.

Autre temps, autre contexte, autres mœurs, autres cultures. Le cas Aïcha Diallo a eu un tel écho, sans aucun doute, parce que le monde vit une connectivité sans limite, pourrait-on dire. L’internet et les réseaux sociaux permettent de savoir ce qui se passe ailleurs et de s’en inspirer. Ils offrent des plateformes d’expression libre, mais aussi de guerre totale.

Depuis l’indépendance du Sénégal, il y’a certainement eu des « cas Aïcha Diallo » qui n’ont pas été autant médiatisés. Le monde n’était pas encore aussi globalisé qu’aujourd’hui. Un nombre considérable de malheureux demeurent également inconnus du public. Ce sont pourtant des victimes de handicapes multiformes, conséquences conjuguées de défaillances humaines, matérielles, techniques, financières, politiques et juridiques.

Il peut s’avérer difficile de trouver des données statistiques fiables et précises sur chaque cas. Mais chaque individu ou famille ayant eu recours aux services de structures de santé publiques ou privées est en mesure de reconnaître avoir le souvenir malheureux d’un « cas Aïcha Diallo » ou de vivre avec un cas de handicap qui aurait pu être évité. Il y’a certes, ceux qui ne viennent dans les structures de santé que quand il est trop tard, en espérant un miracle. Mais il y’a aussi ceux qui n’ont pas eu le contact espéré, ou qui se sont trouvés dans une situation inappropriée ou catastrophique.

Beaucoup de personnes se souviendront avoir été ballotées d’une structure de santé à l’autre pour des raisons plus ou moins acceptables, d’un retard qui a été fatal à cause d’une ambulance défaillante ou inexistante ou encore à cause d’autres contraintes. Des souffrances ont été vécues stoïquement à côté de personnels de santé plus ou moins indifférents. Des femmes enceintes en travail pénible se sont laissées dire « c’était agréable au moment de la conception, alors ne vous plaignez pas devant nous de douleurs dont nous ne sommes pas responsables ».

Dans beaucoup de situations, la dimension psychologique, émotionnelle et affective de la prise en charge du patient a été peu ou pas prise en compte. La plupart des drames et des handicaps ont été couverts de silence, sous l’emprise de la fatalité qui conduit à la résignation.

Il est sans doute illusoire de rapprocher ces statistiques individuelles et familiales privées aux données techniques et officielles en milieu professionnel médical. Lesquelles données, si elles existaient, devraient être complétées par des rapports précis sur le contexte, le déroulement et l’enchainement des faits qui ont conduit à ces malheurs.

C’est dire qu’il est possible de situer avec précision, les responsabilités de chacun et de tous. En l’occurrence, celles de l’Etat, des professionnels de santé et assimilés ainsi que des usagers des structures de santé. A cet égard, dans un Etat de droit, ce sont des entités ou des tribunaux dédiés qui ont la charge de la médiation, du règlement ou du jugement des contentieux qui surviendraient entre ces différents protagonistes. Ce qui éviterait à l’Etat d’avoir le réflexe partisan qui le met dans une position suspecte, à défendre ou dédouaner publiquement ses structures et ses fonctionnaires, alors qu’il est sensé être pour les intérêts de tous.

A ce moment, les rumeurs, les accusations, les justifications, les dédouanements par voies de presse pourraient ne plus être soupçonnés de mensonges, de malveillance et d’usage de faux. Les faits rapportés par les médias seraient plus édifiants, parce que réels et traités dans le respect de l’éthique et de la déontologie de la profession. Ainsi, il serait plus aisé de distinguer l’information d’une motivation de vente ou d’une volonté de captation de l’audimat.

Le Sénégal est un pays qui lutte encore contre la pauvreté, la misère, les déséquilibres territoriaux dans le niveau d’équipement et le progrès dans le modernisme. Il combat les inégalités sociales. Mais le Sénégal est aussi un pays qui aspire à l’émergence. Dès lors, il est inconcevable que le droit à la santé et aux soins de santé des citoyens souffre encore d’insuffisances basiques qui font perdre un temps vital aux patients. Des structures de santé qui peinent à gérer correctement certains cas isolés, ne pourraient certainement pas être opérationnelles face à d’éventuelles catastrophes touchant à la fois des dizaines, voire des centaines de personnes dans le besoin de soins d’urgence.

Les populations sont en droit d’être exigeants à l’égard des personnels de santé. Toutefois, leur niveau d’éducation devrait les conduire à avoir une attitude de respect, de considération, de compréhension, d’encouragement à leur endroit, pour leur noble vocation, leur dévouement et leurs sacrifices. Et plus encore pour leur lourde responsabilité d’aider l’être humain à lutter pour la vie. Par ailleurs, les personnels de santé doivent aux malades et à leurs accompagnants, l’accueil et le traitement qu’ils auraient exactement voulu pour eux-mêmes ou pour chaque membre de leurs propres familles, en étant à la place du malade.

Savoir que le malheur, la maladie et la souffrance ne touchent pas que les autres et en tenir compte à chaque instant de sa vie contribue à limiter le nombre de drames, de scandales et de « cas Aïcha Diallo ».

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