Le Sénégal et Yavuz Selim piégés dans le jeu d’échec « Erdoğan vs Gūlen »

La crise à Yavuz Selim a des allures de feuilleton depuis la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 en Turquie. Dès lors, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a décidé de traquer partout dans le monde celui qu’il a désigné comme le cerveau du putsch manqué, le prédicateur Fethullah Gūlen, l’ami d’hier devenu ennemi. Ce dernier se trouve à la tête du Hizmet, un réseau d’écoles, d’entreprises et d’ONG dont Yavuz Selim fait partie.

En ce mois d’octobre de rentrée scolaire 2017-2018, la crise à Yavuz Selim a quelques fois tourné au mélodrame. Une lecture du « feuilleton Yavuz Selim » dans les médias présente le Sénégal et Macky Sall manipulés par la Turquie, afin de neutraliser un adversaire politique du président Erdoğan. L’image est corsée par les élèves et leurs parents ainsi que le corps enseignant, otages d’un conflit insensé et lointain qui pose une hypothèque sur leur avenir.

Cependant, ce tableau ne met pas en évidence la résistance de la cible, Fethullah Gūlen, à travers une manipulation invisible et non déclarée, mais plus que probable des responsables de Yavuz Selim au Sénégal. Une probabilité perceptible à travers la stratégie et les diverses mutations de la structure dirigeante du groupe scolaire.

L’intérêt probable de Fethullah Gūlen réside dans la sauvegarde de quelques pans de son réseau d’influence et de survie sociale et économique. L’excellente réputation du groupe scolaire auprès des sénégalais ainsi que l’impact positif de ses résultats comparés à la situation globale du système éducatif en général ont constitué des atouts mobilisateurs en sa faveur. Ce qui éveille des soupçons de camouflage derrière des actionnaires ou sociétés « écrans » rapidement constitués, comme armes juridiques dans un Etat de droit.

La société civile est sous l’emprise de sa méfiance à l’égard de l’Etat dont les prouesses en matière d’éducation nationale ne sont pas toujours élogieuses. Elle est par ailleurs dans la crainte d’éventuels repreneurs inconnus, devancés par une réputation de prédation. Des faits qui ont renforcé sa conviction de combattre des forces néfastes à l’avenir des enfants, espoirs de la famille et de la nation. Elle se trouve ainsi prisonnière de ce jeu tourbillonnant d’un coup de force diplomatique, juridique et social.

Logiquement, aucun Etat souverain n’est manipulable par un autre. Chacun d’entre eux est guidé par ses intérêts. En l’occurrence, les intérêts du Sénégal dans sa diplomatie et sa coopération avec la Turquie sont importants et multiples. Selon lemonde.fr, en dix ans, le volume des échanges économiques a été multiplié par dix atteignant 170 millions de dollars (144,4 millions d’euros) en 2014, somme que les deux pays souhaitent porter à 2 milliards de dollars d’ici à 2023.

Ces investissements touchent plusieurs domaines comme le commerce, la technologie, les infrastructures (marché international, gare des gros porteurs de Diamniadio, AIBD, etc.). La Turquie est un partenaire stratégique du Sénégal dans le PSE. L’intérêt de la Turquie pour le Sénégal se traduit notamment par des visites régulières d’hommes d’affaires, d’investisseurs et surtout du président Erdoğan.

A retenir dans ce « feuilleton Yavuz Selim » que l’éducation nationale est une compétence de l’Etat sénégalais qui peut la concéder à des tiers, suivant des critères dont les plus déterminants relèvent certainement de sa discrétion. La question est : peut-on obliger l’Etat à accorder son agrément ou pas? La réponse renvoie à la pertinence ou non de la mutation opérée par Yavuz Selim.

Le choix évident de Maarif, proche d’Erdoğan, ne peut être, à la limite, reproché à l’Etat sénégalais si ce dernier a pris toutes les mesures conservatoires nécessaires et indispensables pour faire maintenir voire dépasser les acquis de Yavuz Selim.

Dans le cas contraire, les coûts politique et social seront inévitablement opposés aux bénéfices de la transaction diplomatique, sans que l’on puisse mesurer en ce moment les valeurs de cette équation. A prévoir également qu’un changement de régime en Turquie peut tout aussi entrainer un autre chamboulement mis en œuvre notamment par des méthodes différentes de celles de Recep Tayyip Erdoğan.

K D : actuprime.com

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