Tchad : au moins 5 morts suite à des manifestations contre la transition avec la junte

Une semaine après la mort du président Idriss Déby, l’opposition au Tchad a appelé à des manifestations mardi,

au lendemain de la nomination par la junte d’Albert Pahimi Padacké au poste de Premier ministre. Au moins cinq personnes sont décédées lors de rassemblements sporadiques, interdits par les militaires au pouvoir.

Journée meurtrière au Tchad. Une semaine après la mort du président Idriss Deby, quelques dizaines de personnes se sont rassemblées, mardi 27 avril, dans la capitale N’Djamena, brûlant parfois quelques pneus, avant d’être rapidement dispersées depuis le début de la matinée. Au moins cinq personnes ont été tuées. « On dénombre au total quatre morts à N’Djamena », dont une femme « tuée par les manifestants », a indiqué Youssouf Tom, procureur de la capitale.

Plus tôt dans la journée, son homologue à Moundou, la deuxième ville du Tchad, à quelque 400 km au sud de N’Djamena, y avait aussi confirmé la mort d’un manifestant.

Les manifestants ont répondu aux appels de plusieurs partis de l’opposition et d’organisations de la société civile contre la prise de pouvoir par un Conseil militaire de transition (CMT) dirigé par le fils de feu le Maréchal Déby, Mahamat Idriss Déby, et composé de 14 autres généraux fidèles à son père. Les autorités avaient interdit lundi ces rassemblements.

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Des heurts à N’Djaména, sous haute tension

Ce mardi « est le premier test dans ce bras de fer entre la société civile, les mouvements d’opposition et le nouvel homme fort du régime, Mahamat Idriss Déby », explique l’envoyé spécial de France 24 à N’Djaména, Cyril Payen. « Certains syndicats, mouvements d’opposition et de la société civile ont commencé à se rassembler dès 5 h du matin, avec des échauffourées déjà en cours. »

La police tchadienne a dispersé mardi à coups de gaz lacrymogène quelques manifestations sporadiques de dizaines de personnes. Dans les quartiers du 7e et du 9e arrondissements de N’Djamena, dans l’est de la capitale, quelques dizaines de manifestants brûlaient des pneus sur des axes secondaires. Les forces de l’ordre, déployées massivement à N’Djamena, les dispersaient au moindre début de rassemblement.

« On en a marre, marre, marre de la dynastie monarchique au Tchad », a déclaré à l’AFP Sarah. Derrière elle, des jeunes arrivaient en courant et criaient « police, police ». À l’approche d’un pick-up des forces de sécurité, la vingtaine de manifestants partaient en courant.

En début de matinée, des traces noires de pneus brûlés jonchaient le goudron pendant que d’autres brûlaient encore, les détonations de grenades de gaz lacrymogène résonnaient ça et là.

Rassemblements interdits

Ces rassemblements ont été interdits lundi par le CMT, car « susceptibles d’occasionner des troubles à l’ordre public ». « Toutes les marches ou manifestations, quelles que soient leurs dénominations, n’ayant pas eu un accord préalable et susceptibles d’occasionner des troubles à l’ordre public, sont strictement interdites sur l’ensemble du territoire national », selon le décret signé par Souleyman Abakar Adoum, du CMT.

Plusieurs partis politiques et des associations de la société civile ont appelé à des manifestations mardi. La convention tchadienne des droits de l’homme a demandé lundi à ses militants « épris de paix et de justice à sortir massivement » contre le CMT, « un organe illégal et illégitime adoubé par la France qui pense imposer aux Tchadiens une nouvelle dictature militaire ».

Mahamat Idriss Déby a promis des « élections libres et démocratiques » dans 18 mois. Général de corps d’armée âgé de 37 ans, il est également « le chef suprême des Armées » et préside outre le CMT, « le conseil des ministres, les conseils et comités supérieurs de défense nationale », selon cette charte de transition.

Dès la prise de pouvoir par le CMT, l’opposition et la société civile avaient appelé à « une transition dirigée par les civils ».

france24.com avec AFP
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