Robert Sagna coordonateur du GRPC : « Une rébellion n’a pas d’avenir si… »

Robert Sagna, ancien ministre et ancien maire de Ziguinchor

Très au fait de l’évolution du processus de paix en Casamance, le Coordonnateur du Groupe de Réflexion pour la Paix en Casamance Robert Sagna a tenu à éclairer l’opinion sur certaines questions du dossier Casamance. De la division du Mfdc qui, faute d’interlocuteur, plombe les discussions avec le gouvernement en passant par l’avenir de la rébellion qui ne peut s’éterniser sans le soutien des populations et la lancinante question d’une alternative à la culture du cannabis dans le maquis, l’ancien maire de Ziguinchor et « actuel monsieur Casamance » a décrypté, au cours d’un panel sur la paix et le cousinage à plaisanterie Sérère-Diola, les facettes de ce processus de paix voulue par le MFDC qui, selon lui, est bien conscient que « la population en a assez et veut la paix.. »

La division qui mine le mouvement indépendantiste casamançais pose des problèmes fondamentaux : c’est l’avis de Robert Sagna, Coordonnateur du Groupe de Réflexion Pour la Paix en Casamance(GRPC). « Admettons que le gouvernement dise : Prenez l’indépendance que vous réclamez ; je vous la donne dès demain prenez-la . Alors qui va diriger ?», s’est ainsi interrogé par exemple l’ancien ministre qui reste convaincu que c’est une question de fond. Et d’ajouter : « Une nouvelle guerre va commencer et qui ne va jamais se terminer … ». Pour Robert Sagna en vérité, sans unité du MFDC, il sera difficile pour le gouvernement d’avoir un interlocuteur pour mener les discussions. « Avec qui le gouvernement va discuter pour prendre les décisions acceptables par tous et durables s’il n’y a pas unité du Mfdc ? », a indiqué Robert Sagna avant d’estimer qu’une rébellion n’a pas d’avenir si les populations ne la soutiennent pas car, dira-t-il, « je ne vois pas une rébellion s’éterniser si elle n’est pas captée par la population, une rébellion n’a pas d’avenir si les populations ne la soutiennent pas. Ca n’existe nulle part, je crois qu’aujourd’hui, le MDFC a bien conscience que la population en a assez et veut la paix. C’est une réalité, c’est pour ça que le Mfdc veut la paix, mais pas une paix bricolée comme avait l’habitude de le dire l’abbé … », lâche l’ancien maire de Ziguinchor.

Abordant la question des revendications du Mfdc, Robert Sagna a déclaré ceci : « la réclamation de l’indépendance par le Mfdc est justifiée par un certain nombre de revendications… Ces dernières sont politiques, économiques, culturelles et sociales. Pour nous, GRPC, est-ce que la solution à ces problèmes est dans l’indépendance ? » . Notant que le GRPC a décliné une série de réflexions sur d’éventuelles alternatives à cette indépendance, il a indiqué que son groupe a proposé aux deux belligérants « l’alternative pour dire que les revendications peuvent trouver des solutions sans qu’on ait besoin de se couper du Sénégal et, au gouvernement, nous disons qu’il n’est pas acceptable de vouloir maintenir la Casamance par un Etat centralisé tel que c’est géré, parce que les réalités de la Casamance et sa spécificité commandent qu’on gère la Casamance autrement».

« Monsieur Casamance « qui présidait des journées de réflexion sur la paix à travers le thème du cousinage à plaisanterie entre Sérères et Diolas, initiées par l’Amicale des Agents de la RTS-Ziguinchor a par ailleurs fait savoir qu’ « Il n’y a pas de combattants de mon âge dans le maquis » Et de poursuivre : « ceux qui sont aujourd’hui dans le maquis, ce sont des gens de votre âge, ce sont des jeunes qui sont là-bas, il n’y a que de rares adultes qui sont mariés qui ont des enfants mais pas des gens de la cinquantaine. Ce sont des jeunes qui sont là-bas souvent par des motivations différentes de celles mêmes de l’origine du conflit … ». L’ancien maire de Ziguinchor a exhorté toutefois les jeunes à s’impliquer dans le processus de paix.

ROBERT SAGNA PRONE UNE ALTERNATIVE A LA CULTURE DU CANNABIS

Abordant la question de la culture du chanvre indien soulevée par un participant, Robert Sagna estime que c’est une question difficile avant d’ajouter ceci « nous avons pu comme les autres obtenir cette relative accalmie, mais qu’est-ce qu’ils nous disent eux ? Vous nous avez demandé de ne plus braquer de ne pas piller les boutiques dans les villages ; nous avons renoncé à tout ça. Maintenant dites-nous comment nous allons vivre, s’interrogent–ils ? vous pensez qu’une culture de l’arachide plus compliquée est plus rentable que le cannabis ? Vous allez convaincre aujourd’hui quelqu’un qui a la possibilité de faire du cannabis de renoncer à ça pour faire du mil … Je parle des réalités, on n’est pas dans les théories, on est dans la pratique … C’est ce qui rend complexe et difficile la question ». Et Robert Sagna d’estimer qu’il faut régler le problème de nourriture de ces « gens-là » qui vivent de pêche, de chasse et de cueillette. « Nous débattrons avec le pouvoir pour lui faire savoir qu’il faut être réaliste. Heureusement, ce n’est pas de l’héroïne qu’ils vendent, heureusement, c’est encore du cannabis qui est autorisé en Hollande et dans d’autres pays», avance-t-il avant de lancer cet appel : «Ne nous focalisons pas trop sur ces questions, gérons l’accalmie et gérons-la bien. Si on arrive à régler le problème du déminage, du retour des populations, je crois que la paix s’instaurera de plus en plus…», conclut-il. A noter que ce panel qui a réuni des observateurs avertis du processus de paix en Casamance comme l’ancien Proviseur Nouha Cissé, les membres de la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance dont Mme Thiam Ndeye Marie Thiam, la coordonnatrice, Madame Seynabou Mal Cissé, coordonnatrice de USOFORAL aux côtés du responsable de la zone sud de la RTS Moussa joseph Faye ainsi que les acteurs de la société civile et de nombreuses autres personnalités.
sudonline.sn

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