Les anglais sont-ils fous de vouloir construire un pont géant au dessus de la Manche, pour relier la Grande Bretagne à la France

Un pont au dessus de la Manche, un projet fou des anglais

Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson veut construire un pont géant

à travers la Manche pour relier la Grande-Bretagne à la France. Un projet crédible ou une excentricité de plus de l’ex-maire de Londres ?

Un pont par-dessus la Manche ? Vingt-quatre ans après l’ouverture à la circulation du tunnel sous la Manche reliant le sud-est du Royaume-Uni au nord de la France (et inversement), c’est l’idée folle lancée jeudi 18 janvier par l’excentrique ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson à Emmanuel Macron en marge du 35e sommet franco-britannique.

À l’Académie royale militaire de Sandhurst, le secrétaire au Foreign Office a confié au président français qu’il trouvait « ridicule » que leurs deux pays – « deux des plus grandes puissances économiques du monde » – ne soient reliés que par une seule ligne ferroviaire. Il a alors suggéré la construction d’un pont. « Nos succès économiques dépendent de bonnes infrastructures et de bonnes connexions. Et si le tunnel sous la Manche n’était qu’une première étape ? », a, par la suite, tweeté le chef de la diplomatie britannique fervent promoteur du Brexit.

D’après la presse britannique de vendredi, Boris Johnson est convaincu qu’un pont de 34 kilomètres au-dessus de la Manche est envisageable. Financé par des capitaux privés, ce pont permettrait, selon lui, d’accroître les échanges touristiques et commerciaux après le Brexit. « La technologie évolue en permanence et il y a des ponts bien plus longs ailleurs dans le monde », a fait valoir le secrétaire au Foreign Office à ses conseillers, selon le Daily Telegraph.

Un accueil frileux côté français

La réaction française à ce qui ne semble être, à ce stade, qu’une idée et non une proposition formelle de Boris Johnson a été… polie. L’Élysée a ainsi confirmé vendredi que le sujet avait bien été évoqué avec Emmanuel Macron mais a démenti la réponse prêtée au président français par la presse britannique (« I agree. Let’s do it' ». « Je suis d’accord, faisons-le »).

« Le président de la République lui a dit que le sujet des accès était important mais il n’a pas dit la phrase qui lui est attribué par les médias anglais », affirme l’Élysée. La présidence de la République a parallèlement souligné que le tunnel sous la Manche n’était utilisé qu’à 55% de sa capacité, « donc avant de faire un pont, utilisons le tunnel ».

Interrogé sur le sujet par Europe 1 vendredi matin, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a été tout aussi diplomate : « Écoutez pourquoi pas, toutes les idées, mêmes celles qui sont parfois les plus farfelues, doivent être étudiées », a-t-il répondu. Avant d’ajouter : « Essayons de rentabiliser le tunnel, essayons de faire le Lyon-Turin. Tout ça coûte cher. Avant d’envisager de nouvelles infrastructures, regardons comment est-ce qu’on peut achever celles qui sont lancées. »

La faisabilité en question

Au-delà de l’opportunité de construire un tel pont, se pose la question de la faisabilité du projet. Or, pour le site anglo-saxon d’actualité économique Business Insider, « les défis posés par un tel projet seraient considérables ». La distance entre le Royaume-Uni et la France va de 34 kilomètres entre Douvres et Calais à 240 kilomètres entre Exmouth et Saint-Malo. Mais même à l’endroit le moins large, « ce serait l’un des ponts les plus longs du monde », souligne le site.

Un pont de 34 kilomètres ? L’argument de Boris Johnson selon lequel « il y a des ponts bien plus longs ailleurs dans le monde » est vrai. Il existe actuellement dans le monde quatre ponts maritimes d’une distance supérieure. Deux d’entre eux se trouvent en Chine : le pont de Haiwan, le plus long du monde avec ses 41,5 kilomètres, et le pont de la Baie de Hangzhou long de 35,7 kilomètres, tous deux d’une profondeur moyenne de 15 mètres. Les deux autres se trouvent aux Etats-Unis : le pont du lac de Pontchartrain, long de 38,3 kilomètres sur 3 mètres de profondeur et celui du marais de Manchac, long de 36,6 kilomètres et profond de 3 mètres en moyenne.

Le pont par-dessus la Manche serait donc tout de même le cinquième plus long au monde, et surtout – et ce n’est pas le moindre défi -, le plus profond avec 30 mètres en moyenne. « Last but not least », la Manche est l’un des principaux couloirs maritimes du globe – presque 20% du trafic mondial.

La folie des grandeurs de Boris Johnson raillée

L’idée d’un pont par-dessus la Manche est d’autant moins prise au sérieux qu’elle émane de Boris Johnson, connu pour ses excentricités. Deux projets pharaoniques portés et défendus par l’ancien maire de Londres ont d’ailleurs été désavoués par le nouveau édile Sadiq Khan du fait de leur coût. Ainsi, le projet de construction d’un pont-jardin sur la Tamise, qui devait relier la gare de Waterloo au quartier de West End, a été enterré en octobre 2017.

Trois ans auparavant, c’est un projet de troisième aéroport londonien sur l’estuaire de la Tamise, surnommé « Boris Island » par les médias britanniques, qui avait été rejeté.

Autant dire que les internautes britanniques s’en sont donnés à cœur joie pour railler le « Boris Bridge », l’un des mots clés les plus utilisés sur Twitter vendredi. Certains recommandant au ministre britannique des Affaires étrangères d’installer plutôt une tyrolienne pour traverser la Manche…
france24.com
ActuPrime – La primeur et la valeur de l’information – Sénégal

Laisser un commentaire