Crise gambienne: le président du Nigeria, Mouhamed Buhari, en terrain miné

Mouhamed Buhari
Image d'archives

Le président du Nigéria, Mouhamed Buhari, arrive aujourd’hui à Banjul avec dans sa besace de médiateur, sa carte maîtresse. Celle que son parlement à Abuja lui a soigneusement préparée et emballée pour faire cadeau à Jammeh : « l’offre d’asile au Nigéria ». Si l’on en croit des sources proches du palais de la State House à Banjul, le Président sortant de la Gambie est très contrarié par cette offre d’autant que « Jammeh n’est pas demandeur. C’est un patriote, plutôt mourir ici que de se soustraire de notre «mother land » pour aller finir ses jours ailleurs », affirme l’une de nos sources. Au sujet de l’intronisation, le 19 janvier, du nouvel homme fort de Gambie, Adama Barrow, notre interlocuteur révèle «qu’aucune chancellerie des 16 Etats de la Cedeao n’à encore fait la démarche protocolaire pour être là dans les jours à venir ». Jammeh vexé par l’offre d’asile rejette totalement la générosité du Nigéria

Notre source est formelle : « le palais(de Jammeh, Ndlr) est très surpris de la soudaine générosité du Nigéria. Nous n’avons rien demandé, et Jammeh n’en veut pas ». Sur notre insistance de voir le médiateur de la CEDEAO Mouhamed Buhari débarquer à Banjul, ce vendredi pour réitérer cette offre à Yaya Jammeh, notre interlocuteur observe un silence contrarié pour nous faire un discours sur « l’état d’esprit actuel du boss (nom donné à Jammeh, n)». Notre source de soutenir : « Dr. Jammeh n’est pas le genre à déserter ou à fuir son pays. Plutôt mourir ici que de donner l’impression de se soustraire pour passer pour un lâche égoïste aux yeux de son peuple, de ses milliers de partisans».

Notre interlocuteur qui est parfaitement bilingue et qui jusqu’ici s’exprimait en Français mêlé au mandingue (principale langue parlée en Gambie) reprend la conversation en Anglais, comme pour être plus authentiquement fidèle à la parole du président Jammeh qu’il est censé nous livrer : « Let me tell You (laissez moi vous dire . . .), cette offre d’asile est perçue ici par tous comme une offense qui nous est faite. Elle sous-entend que le palais est demandeur, alors qu’il n’en est rien. Absolument rien. Et, vous le verrez . . . « Time will tell », l’avenir proche nous le dira».

Les chefs d’Etat de la CEDEAO ont-ils renoncé à débarquer à Banjul le 19 janvier ?

Sur notre insistance pour savoir quand même si le camp Yaya Jammeh a une solution de sortie de crise, une proposition à faire au médiateur Mouhamed Buhari pour éviter la confrontation qui peut déboucher sur l’usage de la force, surtout qu’on est à quelques jours seulement de l’arrivée à Banjul des délégations de présidents de la CEDEAO pour « introniser » Barro, conformément à la résolution de la conférence des chefs d’État de l’organisation sous régionale le 16 décembre dernier à Abuja ? Notre interlocuteur coupe court à notre interrogation par cette question : « tu es sûr qu’ils vont venir ? Tu es sûr qu’ils vont venir à Banjul, ces chefs d’État?

Face à cette inversion des rôles, nous avons voulu, pour toute réponse à sa question, lui rappeler les termes du communiqué des chefs d’État le 16 décembre dernier. Notre source de marteler : « vérifies avec qui tu veux, dans les 16 Etats, aucune chancellerie n’à encore fait la démarche protocolaire pour être là dans les jours à venir. Vérifies ! » Nous avons rétorqué sur un ton taquin, peut-être bien qu’ils l’ont fait auprès du cabinet de Barro qu’ils considèrent comme le Président-élu.

Sur un ton agacé et presque menaçant, notre interlocuteur lâche : « on verra bien si c’est Barro le patron de Banjul ou pas ».
Visiblement satisfait d’avoir fait passer son message (à quelles fins), notre source nous livre enfin l’objet de son appel. « Le cabinet a bien reçu votre requête pour une interview « carte sur table ». Elle vous sera accordée par le boss dès que possible ». Quand ?« Dès que possible », martèle-t-il.

Sur ce, si le médiateur Mouhamed Buhari avait lancé à travers les ondes de la BBC cette offre de médiation comme « un ballon de sonde » du clan Jammeh, on peut considérer désormais que la réponse est servie. Peut-être bien une façon de mettre la pression du côté de Buhari.

Entre les deux camps, on joue à malin, malin et demi. Si seulement le camp de Adama Barro qui assiste plus « en spectateur » de ses tractations diplomatiques pouvaient jouait les arbitres ? Sûr qu’il ne s’en priverait pas.

Ce vendredi est un autre jour, et certainement alors par média interposé, les deux camps, pour ne pas dire les 3 camps remettront balle au centre.

Abdoulaye Cissé – Paris Correspondance Particulière / sudonline.sn

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