Culture manding : Mbour à l’heure des festivités du kankourang

La période du kankourang à Mbour
Image d'illustration

Le « Septembre mandingue » reprend ses droits ce samedi, à Mbour. La ville va renouer avec la fête du Kankourang et l’effervescence des grands jours. Comme chaque année, depuis plus d’un siècle maintenant, ce rituel associé à l’initiation va permettre à des centaines de jeunes de recevoir des anciens certaines valeurs et d’acquérir les comportements d’un homme mûr prêt à affronter la vie adulte.

Le « Septembre mandingue » est pour les Mbourois ce que le Carnaval de Rio est pour les Brésiliens. Sauf que dans la capitale de la Petite Côte, le rituel du Kankourang est sacré et joue un rôle essentiel dans le rétablissement de l’ordre social chez les Mandingues. Ce qui lui a d’ailleurs valu un classement au patrimoine culturel immatériel mondial par l’Unesco en 2005.
Cet événement tant attendu constitue un grand moment de fête, de retrouvailles, de communion. L’édition 2016 démarre ce samedi 28 août et se prolongera jusqu’au dimanche 2 octobre. Pendant un mois, les jeunes circoncis vont hiverner dans les sites du Woyinka, de Thiocé Est et Ouest, de Diamaguène, de Santessou et Mboulème où ils seront encadrés, formés et éduqués à leur future vie d’adulte.

De tout temps, le « Septembre mandingue » a constitué une véritable période d’effervescence populaire. La fièvre gagne presque tous les quartiers. Que ce soit Thiocé Est, Thiocé Ouest, Santassou, « 11 Novembre », Diamaguène ou encore Grand Mbour.

Cet engouement est toujours réel, palpable et se mesure par l’effervescence que connaît la ville à chaque période du Kankourang, selon El Hadji Mamadou Diaboula, vice-président et porte-parole de la Collectivité mandingue. Pour lui, le Kankourang est devenu une propriété de Mbour. « C’est ce qui fait que dans l’agenda culturel des activités de la commune, le mois de septembre est toujours marqué « Mois du Kankourang », et quand Mbour n’a pas cette fête du Kankourang, ça dévalue Mbour. C’est comme s’il y avait quelque chose qui manquait », explique-t-il. La sortie du Kankourang les dimanches est le moment le plus attendu, celui où la fête prend tout son sens. C’est la liesse très attendue par tous les habitants. Des milliers de personnes viennent de partout pour assister à cette belle fête qui a traversé les siècles. Cette effervescence rend encore plus dynamique la vie économique et sociale.

Selon M. Diaboula, la tradition sera encore perpétuée cette année. Les festivités démarrent ce samedi par le « Diambadong » ou danse des feuilles pour chauffer l’ambiance. « Cette manifestation marque le démarrage des circoncisions mandingues. Nous allons ensuite faire la prière, puis une procession. Et les dimanches seront marqués par la sortie du Kankourang pour protéger la ville et les circoncis qui sont répartis dans les six « leuls », indique M. Diaboula.

Identité mandingue
À travers le rituel du Kankourang qu’elle perpétue depuis plus d’un siècle maintenant, la communauté mandingue a réussi à conserver une grande partie de son identité. Malgré les nombreuses mutations, la tradition est jalousement conservée par les anciens qui ont su garder intacts l’esprit et la lettre du Kankourang. « C’est notre identité, l’identité mandingue. Le Kankourang a existé pendant plus d’un siècle. Il constitue un legs pour nous et nous devons le préserver. C’est ce que nous sommes en train de faire tant bien que mal malgré les gens qui essaient de nous décourager, de nous agresser ».

Selon lui, la disparition du Kankourang signerait la fin de l’identité mandingue. M. Diaboula a invité les populations à tout faire pour gérer le Kankourang, le protéger et le conserver dans le calme, la paix sans violence, sans provocation, sans agression. Il a invité les selbés, ceux qui suivent le Kankourang, à un comportement responsable, à ne pas agresser les gens ni frapper les fenêtres des maisons, ne pas faire de tapage. « Aux autres, je demande de ne pas provoquer les selbés, de suivre le Kankourang, de voir, de participer à la normalisation humaine du Kankourang, qu’il n’y ait pas de violence humaine ni de comportements regrettables. Pour le porte-parole de la Collectivité mandingue, chacun doit jouer sa partition pour que le mois de septembre soit le reflet de ceux antérieurs.

Le préfet Saër Ndao a plaidé pour le respect de l’ordre public et la tranquillité des personnes. Et a invité les différents membres de la Collectivité mandingue à cultiver la paix et l’unité pour une parfaite réussite de cette activité.

Pour le commissaire de police Mamadou Tendeng, « Nous devons tous œuvrer pour que cet événement séculaire ne soit plus un facteur de trouble à l’ordre public. Il faut que chacun comprenne qu’il est responsable de ses actes devant la loi ».

Pendant un mois, Mbour vibrera alors au rythme du « Sowrouba », du « Kutiiroo », du « Junkurado » et du « Sabaroo », mais aussi du « Diambadong », danse sacrée qui accompagne les initiés à leur entrée et à leur sortie, et qui fait aussi danser le Kankourang.

Cette année aussi, les femmes seront de la partie avec le « Niaka » qui est une procession sous forme de carnaval ponctué d’une grande manifestation nocturne. Elles danseront le « Jambo-Jambo » et chanteront pour les jeunes filles qui recevront ainsi des messages éducatifs.

Samba Oumar FALL / lesoleil.sn

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