Mali : restriction des libertés par l’état d’urgence face à la crise sanitaire et le terrorisme

Pour faire face à la crise sanitaire, des mesures d’ampleur ont été prises au Mali.

Mais ce n’est pas tout. Dans le même temps, les autorités invoquent « la situation sécuritaire du pays » et « la persistance des actions terroristes » pour mettre en place toute une série de mesures d’un autre genre. Sans lien avec le Covid-19, elles marquent un sérieux tour de vis sécuritaire.

Le Mali est en état d’urgence depuis ce samedi 19 décembre. Une décision prise par les autorités de transition qui entraine une série de mesures pour faire face à l’accélération de la propagation du coronavirus : plus d’école jusqu’au 4 janvier, plus d’audiences publiques jusqu’au 16, mais surtout la fermeture des rues marchandes, des bars, des restaurants et des discothèques jusqu’à nouvel ordre. Les marchés restent ouverts, mais ils seront pulvérisés, désinfectés, à partir de 18 h.

Tour de vis sécuritaire

Mais parallèlement aux mesures pour lutter contre l’épidémie, les autorités de transition ont également mis en place des mesures qui vont « modifier sensiblement l’exercice des libertés publiques et individuelles », selon les mots du ministre de l’Administration territoriale. Ces mesures marquent un tour de vis sécuritaire de l’exécutif.

Dans une lettre adressée à tous les gouverneurs, préfets et sous-préfets du Mali, le lieutenant-colonel Abdoulaye Maïga leur indique qu’ils peuvent dorénavant « ordonner en tous lieux des perquisitions de jour et de nuit ». Le ministre leur rappelle également qu’ils sont habilités à « assurer le contrôle de la presse », « des réseaux sociaux », « des émissions radiophoniques ou télévisées », ainsi que des cinémas et des théâtres.

Les représentants de l’État, sur l’ensemble du territoire, peuvent également « prendre toute disposition relative au contrôle des correspondances postales, télégraphiques, électroniques ou téléphoniques ». En clair, mettre sur écoute les téléphones portables et lire les échanges de mails privés.

Avec l’état d’urgence, gouverneurs et préfets peuvent également « réglementer ou interdire la circulation des personnes et des véhicules dans certains lieux et à certaines heures », ou même interdire « à toute personne cherchant à entraver l’action des pouvoirs publics » de voyager dans certaines circonscriptions.

Les rassemblements et manifestations pourront être interdits, et des couvre-feux instaurés. Les autorités administratives pourront enfin, sans décision de justice, assigner à résidence ou même emprisonner « toute personne dont l’activité s’avère dangereuse », « ou qui cherche à entraver l’action des pouvoirs publics ».

Inquiétude de la CNDH et des journalistes

Cette batterie de dispositifs inquiète la Commission nationale des droits de l’Homme du Mali. Aguibou Bouaré, qui est le Président de la CNDH, dit redoubler de vigilance face à ces mesures jugées « liberticides ».

Quant au contrôle de la presse, des publications écrites, mais aussi des radios et des télévisions annoncé par le gouvernement, cela fait réagir les organisations de journalistes. Dramane Aliou Koné, président de la Maison de la presse, organisation rassemblant les organisations de journalistes au Mali s’insurge :

« Ça porte atteinte à la liberté d’expression, à la liberté de la presse. Ça peut donner lieu à un musèlement de la presse parce que ça veut dire que tout article allant dans le sens contraire du gouvernement va être censuré. Il n’y aura plus la liberté de ton ni la liberté d’opinion parce que ça va agresser certains. Nous voulons rappeler aux autorités que nous sommes responsables, conscients des difficultés du pays, mais nous ne sommes pas du tout disposés à laisser qui que ce soit marcher sur nos libertés. »
rfi.fr
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