Mali : quel profil idéal pour diriger la transition ?

Des experts désignés par la junte, au pouvoir au Mali, ont adopté une charte au terme de trois jours de discussions

entre personnalités politiques, de la société civile et militaires.
A l’issue de ces concertations, un profil de président de la transition a été défini mais personne n’a encore été nommé. La personne qui aura la charge de conduire la transition doit être de nationalité malienne, âgé de 35 à 70 ans, être intègre et de bonne moralité. Il ne doit pas aussi avoir fait l’objet d’une condamnation pénale. Le Premier ministre et les membres du gouvernement de transition doivent également répondre aux mêmes critères que le président.
Toutefois, on ne sait toujours pas si l’ultimatum du 15 septembre fixé par la CEDEAO à la junte sera respecté. L’organe sous régional a déjà fait part aux militaires qui exercent le pouvoir à Bamako de son exigence de voir un civil désigné à la tête de la transition à cette date.
Lors de son 57eme sommet tenu le 07 septembre à Niamey, au Niger, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest, a donné à la junte militaire jusqu’au 15 septembre pour confier à un civil le pouvoir transitionnel.
Malgré ce délai, à Bamako  »les concertations populaires », censées définir les contours de la transition, viennent de se terminer. Le Premier ministre et les membres du gouvernement doivent également répondre aux mêmes critères que le président.
Un militaire ou un civil?
Pour Baba Dakono, chercheur à l’Observatoire citoyen sur la gouvernance et la sécurité, intervenant au Mali, Burkina Faso et Niger, estime que la question du profil est  »très importante » même si elle semble selon lui  »occultée du débat public ».

Au lieu de se focaliser sur la question de savoir si c’est un civil ou un militaire qui est le mieux indiqué pour diriger la transition, le chercheur propose que le débat s’oriente vers les critères qui feront un bon dirigeant de la transition.
Ce sont les qualités et les critères définis pour ce profil qui détermineront le choix de l’homme ou de la femme à qui cette mission pourra être confiée.
Un rassembleur
La situation du Mali est caractérisée par l’insécurité et le terrorisme dans le Nord et le Centre du pays. A cela s’ajoute un problème de gouvernance que serait à l’origine de ce que le Dr Bréma Ely Dicko, sociologue, enseignant-chercheur à l’université des Lettres et des sciences humaines de Bamako, qualifie de « ressentiment des Maliens vis-à-vis de la vieille classe politique ».
C’est, selon lui, l’une des raisons pour lesquelles des Maliens se sont mobilisés aux des acteurs de la société civile et de l’Imam Mahmoud Dicko pour réclamer le départ de l’ancien régime d’Ibrahim Boubacar Keita.
Dans ce contexte de fracture sociale et de manque de confiance des citoyens dans les institutions, le président de la transition doit être incontestablement un « rassembleur, une personnalité moins clivante (…) et qui pourrait travailler à fédérer les opinions dans le pays », assure le chercheur Baba Dakono.

Un technocrate
L’oiseau rare qui viendra opérer les  »reformes politiques et institutionnelles » dont le mali a besoin ne doit pas être  »membre d’un parti politique » mais plutôt « un technocrate qui a une certaine expérience du fonctionnement de l’Etat », soutient Dr Bréma Ely Dicko.
Ce technocrate ne doit pas non plus avoir  »des ambitions présidentielles ou législatives » et doit s’entourer d »’hommes et de femmes qui ont une certaine expertise » pour poser « les piliers de la refondation de la gouvernance au Mali », déclare -t-il à BBC Afrique.

La mise en place d’une telle équipe devient de plus en plus urgent car le pays est sans gouvernement depuis plusieurs mois, déplore-t-il.
Un homme intègre
A la question de savoir quel serait le profil idéal pour diriger la transition au Mali, le Pr Clément Dembelé, membre du comité stratégique du M5-RFP (Rassemblement des forces patriotiques), insiste sur le critère d’intégrité.
Pour lui, qu’il soit militaire ou civil, le futur dirigeant de la transition malienne doit faire partie de ceux ou celles  »qui n’ont pas des passifs dans la gestion de l’Etat ».
« Notre combat au M5-RFP et le peuple malien s’inscrit dans la logique de la bonne gouvernance (…). Je suis persuadé que le M5 n’a pas fait ce combat pour avoir le pouvoir (…) pour être ministre ou être président de la transition » se défend-il.
Le rôle des militaires
Le profil de l’homme qui dirigera la transition doit aussi prendre en compte sa « personnalité, son leadership, sa capacité à s’affirmer » face aux militaires, ce qui, pour le chercheur Baba Dakono, déterminerait « le rôle futur que le CNSP (le Conseil national du salut public, la juste au pouvoir) va jouer » pendant la transition.
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Cela veut dire que le CNSP de doit pas s’ériger en un « organe au dessus des pouvoirs de la transition mais un organe qui jouerait un rôle significatif dans le renouveau du secteur de la sécurité et de la défense du pays », indique Baba Dakono.
« Si la transition ne marchait pas c’est eux (les militaires à l’origine du coup d’Etat) qui vont porter l’entière responsabilité (…) donc ils ont un droit de regard, ils ont l’obligation de s’assurer que la transition va être une transition qui va reposer les piliers de la refondation de la gouvernance au Mali », estime, pour sa part Dr Bréma Ely Dicko.

Un profil qui rassure
L’autre qualité non moins importante qui doit caractériser le prochain dirigeant de la transition, c’est sa « capacité à rassurer l’opinion régionale et internationale parce que le pays est dans un contexte régional et international dominé par la crise mondiale due à la pandémie de la Covid, mais aussi la crise sécuritaire qui perdure dans la région depuis quelques années ».
Le Mali pourra difficilement s’en sortir avec les sanctions imposées par la CEDEAO. L’homme qui aura la charge de diriger la transition sera attendu également sur son aptitude à convaincre le bloc sous régional à revenir sur les mesures de fermeture des frontières et de suspension des échanges financiers et commerciaux le pays.
bbc.com
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