L’imam qui fait la prière musulmane en langue Manding

Ismael Nanfo Diaby a suscité la controverse dans son pays, la République de Guinée.

L’homme de 48 ans prie d’une façon singulière, il récite les versets du Coran dans sa langue maternelle, le malinké.
‘’La raison pour laquelle je veux faire la prière islamique en malinké c’est parce que c’est ma langue, celle que je comprends beaucoup plus que l’arabe’’, explique-t-il à la BBC.
Selon lui, chacun doit prier dans la langue qu’il comprend le mieux. Par conséquent, pas question pour Nanfo Diaby d’effectuer la prière islamique dans une langue qu’il ne comprend guère.
‘’Je sais que Dieu est le Seigneur qui comprend toutes les langues’’, déclare-t-il.
‘’Je n’ai lu nulle part dans le Coran que l’on doit prier uniquement en arabe. Je n’ai pas lu non plus où on dit que quand on prie dans une langue autre que l’arabe, la prière n’est pas valide’’, argumente-t-il.

Cependant, cet acte de Nanfo Diaby n’est pas du goût de tout le monde. En effet, il est considéré par les musulmans orthodoxes comme un perturbateur.
‘’Quand j’ai commencé ce travail, les gens n’ont pas compris ma démarche. Certains pensent que je suis un perturbateur qui a été payé par les ennemis de l’islam pour ternir l’image de la religion’’, confie-t-il à la BBC.
Son obstination a créé des troubles dans sa ville à Kakan et défrayé la chronique dans le pays. Les pourfendeurs d’Ismael Nanfo Diaby ont essayé de l’empêcher d’effectuer sa prière en Malinké. Sa mosquée a d’ailleurs été détruite.
M. Diaby a été envoyé en prison pour trouble à l’ordre de public et interdit de prêche en public. Il continue cependant à diriger la prière musulmane chez lui, dans sa maison.

Que dit l’Islam au sujet de la prière dans une langue autre que l’arabe ?
Le Docteur Mamadou Moctar Diallo est professeur à l’université Général Lansana Conté de Conakry. Il enseigne les civilisations comparées. Selon lui, la prière ne peut être effectuée qu’en arabe qui est la langue du Coran. Il s’appuie sur son interprétation du texte sacré des musulmans qui est considéré comme la parole de Dieu.
‘’Dieu dit clairement dans le Coran que le Coran est arabe mais il n’a pas dit le Coran est révélé en arabe, autrement dit un Coran traduit dans une autre langue que l’arabe n’est pas le Coran’’ tient-il à préciser.
‘’C’est comme en optique, l’image n’est pas l’objet réel’’, souligne-t-il.

Il tient par ailleurs à rappeler que le prophète Mohamed, qui est considéré comme la version pratique du Coran par les musulmans, n’a pas prié dans une langue autre que l’arabe et ne l’a pas permis à ses compagnons et disciples parmi lesquels figuraient des non arabes.
M. Diallo rappelle aussi que les traductions peuvent trahir le sens du Coran, voire le contredire.
Il convoque le livre de son collègue la chercheure tunisienne le Dr Chadia Trabelsi intitulée La problématique de la traduction du Coran.
‘’Vous verrez que le Dr Trabelsi a comparé quatre des plus célèbres traductions françaises du Saint Coran, sur la sourate An Nour. Dans cette étude vous allez constater une nette différence dans plus de 14 versets de la même sourate. On constate des différences qui vont même jusqu’à se contredire.’’

Selon Mamadou Moctar Diallo, ce débat sur la possibilité de réciter le Coran dans une langue autre que l’arabe s’est déjà posé dans l’histoire de l’Islam mais a rapidement été évacué.
 »Cette possibilité a été rejetée dès le deuxième siècle du calendrier Hégirien par les savants aussi bien arabes que non arabes tels que les perses’’, explique-t-il.
Il reconnait néanmoins que pendant la prosternation, il est permis au musulman de formuler des invocations dans n’importe quelle langue.
Un rebelle depuis le bas âge
Contrairement à son père qui était un lettré en arabe, Nanfo Diaby a appris le Coran grâce à l’écriture Nko.
Le Nko est un alphabet créé par le Guinéen Solomana Kanté afin d’avoir un système de transcription plus adapté aux sonorités, aux nuances et tonalités des langues mandingues.
‘’Je ne sais ni lire ni écrire en arabe. Mon père avait commencé à me l’apprendre mais je n’ai pas continué’’, se souvient-il.
Il a également refusé de continuer sa scolarisation à l’école en raison de son refus de suivre les cours en français. Il se remémore de l’incident qui a définitivement scellé le divorce entre l’école française et lui.
‘’Je me souviens avoir dit à notre instituteur qui nous expliquait le mot ‘maison’ dans notre langue’’, explique-t-il.
‘’Je lui ai dit mais pourquoi vous ne le dites pas directement dans la langue que nous comprenons tous. Il m’a frappé. Donc, j’ai refusé d’aller à l’école’’, poursuit-il. 
Constatant le caractère récalcitrant de son fils, le père de Nanfo Diaby décide de l’envoyer à Kankan chez son oncle. C’est là-bas que le jeune Nanfo découvre l’alphabet Nko. Son oncle l’y initie et aujourd’hui, Ismael Nanfo Diaby perpétue l’enseignement de ce système de transcription.

Un séjour carcéral mis au profit de l’écriture
Ismael Nanfo Diaby affirme avoir eu beaucoup de partisans en prison durant son séjour carcéral. Il y a d’ailleurs dirigé la prière en malinké selon lui.
Il a déclaré avoir profité de son emprisonnement pour écrire notamment sur comment effectuer la prière en malinké. Son livre est entièrement rédigé en Nko.
‘’Aujourd’hui j’ai une école dans laquelle je dispense des cours de Nko. Je ne me limite pas à la religion’’, révèle Nanfo Diaby à la BBC.
‘’J’ai même des élèves qui ne sont pas des musulmans, certains sont des chrétiens d’autres non’’, renchérit-il.
bbc.com
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