Libye: Un miraculé dit avoir été vendu par un sénégalais

Cette semaine le reportage effectué par nos confrères de CNN sur le marché des esclaves africains en Libye a suscité moult réactions. Dans une vidéo qui a très vite fait le tour du monde, on peut voir un groupe d’hommes alignés et présentés comme étant des ressortissants du Ghana, du Niger et du Nigeria. Des hommes suffisamment costauds pour « travailler dans les champs », comme le dit une voix dans la vidéo.  Ils sont tous vendus aux enchères. Et leurs prix varient entre 500 et 550 dinars libyen soit 227 500 f CFA.

Mais à en croire le témoignage fait par un des miraculés joint au téléphone, dans cet enfer libyen crèvent aussi des sénégalais vendus par leurs compatriotes. Baye Modou Fall est un sénégalais vivant en Espagne depuis 2016. Dans une interview qu’il nous a accordée, il raconte avec remords et des pincements de cœur les détails de sa captivité. « Après avoir passé par le Mali, Niger, l’Algérie, je suis finalement arrivé en Libye où un sénégalais répondant au nom de Lakamé Diallo m’a vendu aux maures. C’est un sénégalais qui habite à Médina Gounass. La dernière fois que je l’ai eu au téléphone, il m’a dit qu’il était au Niger », confie notre interlocuteur.

A en croire le sieur Fall, c’est par cet homme que passent tous les sénégalais de la Libye qui viennent tenter la traversée. « Quand je suis venu vers lui, il m’a demandé la somme de six cent mille (600 000f), pour m’assurer la traversée. Ce qui fut fait. Après cinq jours passés dans le désert entre Niger et la Libye, je suis finalement arrivé à Tripoli où je devais prendre la pirogue pour rallier l’Italie », détaille-t-il au bout du fil. Non sans dire que sa surprise était grande quand il s’est rendu compte que Lakamé les avait vendu à un libyen. « Ce dernier nous a emprisonné chez lui et a demandé à chacun une rançon de 350 000f qu’on devait verser à un certain Zakaria El hadji Issa demeurant au Niger. J’ai fait dix sept jours dans ce trou avant de demander de l’argent à mon frère qui se trouve au Sénégal pour racheter ma liberté à cet homme », confie-t-il avec des trémolos à la gorge.

Demeurant convaincu que son mal-être était terminé et qu’il pouvait rejoindre tranquillement le pays de ses rêves, Modou du encore sortir les derniers billets de sa tirelire pour payer les services d’un autre libyen qui s’occupe de l’ultime étape avant d’entrer en Italie. A cet homme aussi, notre pigeon voyageur lui a versé 300 000f. Comme qui dirait que cet enfer libyen ne fait pas que des malheureux. Certains hommes sans scrupule, ni pitié y pratiquent une sale activité qui fait d’eux de vrais richards. En attendant Godot, les autorités africaines sont appelées à réagir à cette situation qui risque de plonger le continent dans des lendemains troubles.

Thienadine

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