L’humoriste Ahmed Sylla est à Dakar

L'humoriste Ahmed Sylla
Ahmed Sylla

L’humoriste Ahmed Sylla est arrivé à Dakar dans la nuit de jeudi à vendredi…

Quelques petites heures avant son spectacle au Grand Théâtre, où il se donne aussi en spectacle ce samedi 1er juillet, donc ce soir à 20h. De son spectacle, «Avec un grand A», le comédien franco-sénégalais laisse entendre qu’il sera tout simplement «exceptionnel», avec quelques «saf safal» comme il dit, ou les petits imprévus…Comme il dit aussi qu’il est «très fier» de sa double-culture, et très heureux d’être parmi nous. Ahmed Sylla était en conférence de presse hier, vendredi 30 juin. Entre le côté presqu’inné de son humour, et ses spectacles dont il dit qu’ils sont conçus pour ne pas choquer Maman, Ahmed Sylla est surtout resté lui-même.

On nous a d’abord dit, de toutes les mille et une manières possibles, que le comédien Ahmed Sylla était «fatigué», qu’il nous fallait donc comprendre qu’il était rentré très tard, à «trois heures du matin» s’il vous plaît, et que nous n’aurions peut-être pas plus d’une «demi-heure» à passer avec le jeune homme de 27 ans. De Marrakech, où il s’est produit pendant le Festival du rire de la ville…à Dakar : «C’était quelque chose de grandiose, nous dira-t-il plus tard : j’ai eu Jamel (Jamel Debbouze, Ndlr) au téléphone juste avant de prendre l’avion pour le Sénégal, et je l’ai remercié de m’avoir fait ce cadeau. Le public marocain, c’est un public très chaleureux, qui aime bien rire, c’est un public de connaisseurs.»

Après Marrakech donc…Dakar, où le comédien, fils d’immigrés sénégalais en France, a donc rencontré la presse, dans la matinée d’hier, vendredi 30 juin, à quelques petites heures de son très attendu spectacle au Grand Théâtre National : «Avec un grand A». Sans oublier que l’humoriste a un autre rendez-vous avec le public : celui de ce 1er juillet, donc ce soir, au Grand Théâtre toujours.

Entre deux phrases, l’on entendra d’ailleurs l’un des membres de son équipe ou de son entourage, nous rappeler que le comédien avait encore beaucoup de boulot : quelques réglages, quelques répétitions, etc. Ahmed Sylla arrive enfin, décontracté, dans l’allure jusque dans la mise, t-shirt noir et short assorti…Avec encore assez de pêche pour avoir…la banane : les mimiques, la gestuelle, les malicieux petits clins d’œil, les étincelles dans le regard, ces sourires entendus, la petite blague qui n’est jamais très loin, tout y est. A l’entendre parler, tout cela est fait maison, un peu comme s’il était né comme cela. En remontant dans le temps, le voilà qui nous ramène justement à la date du 10 mars 1990, autrement dit le jour où il est né. «Quand je suis sorti du ventre de maman, le médecin a dit : Hum…Lui, c’est un comique, il va être drôle. Dès la naissance, je pense que j’avais envie de faire rire les gens. Ça fait partie de moi, ça fait partie intégrante de ma personnalité. Les gens me connaissent pour ça. Je ne sais pas faire grand-chose d’autre (…) C’est mon essence, c’est mon ADN.»

Son premier public ? Les «potes de classe» à l’école. Puis viendra la scène.

MONSIEUR-TOUT-LE-MONDE

Et disons que cette scène-là a forcément quelque chose de particulier ; son petit côté retour aux sources peut-être. «Je trépigne d’impatience. La dernière fois que j’ai fait rigoler des personnes ici, je devais avoir 5-6 ans, et je jouais avec des chèvres. Elles me couraient après, c’était assez compliqué». On se contente d’imaginer…«Etre de retour sur le sol sénégalais et jouer mon spectacle, dit-il encore, c’est un cadeau extraordinaire que me fait le public.»

Il faut dire que dernier séjour du jeune comédien ici au Sénégal remonte à une dizaine d’années ; et Ahmed Sylla sait qu’on le suit ou qu’on l’attend : «Je sais qu’il y a un public très nombreux qui m’attend ici, que je vois à travers les réseaux sociaux, on se suit. J’ai très hâte, je suis un peu anxieux, je ne sais pas à quoi m’attendre.»

Au Grand Théâtre National, Ahmed Sylla promet de venir comme il est, de rester lui-même, sans fards, sans «forcer», sans «jouer un personnage» qu’il n’est pas. «Je suis la même personne», à la ville comme à la scène dirait-on, «je suis quelqu’un d’authentique (…) Je vais aller avec ce que les gens aiment chez moi, c’est-à-dire ma simplicité, ma générosité, et l’envie de bien faire.»

C’est cela qui plaît…Le côté monsieur-tout-le-monde du bonhomme, son petit air sympathique, rafraîchissant, ses petites histoires accessibles qui vous parlent de lui, de vous : de «la rentrée des classes» au «bulletin scolaire»…Sans parler du côté presque familial de ses prestations.

Peut-être parce que maman veille…Quand on lui demande s’il y a des sujets qu’il s’interdirait d’aborder, Ahmed Sylla n’hésite pas beaucoup, mais sans être plus précis : «Je m’interdis tous les sujets auxquels ma mère ne pourrait pas assister, c’est-à-dire que je pars du principe que je veux que ma mère vienne à tous mes spectacles et qu’elle soit fière de moi. Donc je ne parle pas de sujets qui pourraient la gêner.» Mais encore ? L’humoriste commence par rouler des yeux, toujours avec le sourire, et finit par lâcher : «Tout ce qui est en dessous de la ceinture, et les gros mots. Il y en a quelques-uns dans mes spectacles, pas trop forts, mais ils sont justifiés». Autrement dit, pas de grosses injures.

Et quelques petites heures avant ses spectacles dakarois, le jeune homme promettait tout de même quelques «saf safal» au public : des choses absolument pas prévues, des «improvisations en wolof» qui viendront agrémenter le spectacle. Mais retenons surtout que ce sera tout simplement «exceptionnel».

DE LOUIS DE FUNES A EDDIE MURPHY

En faisant vos recherches sur l’artiste, vous tomberez forcément sur ce passage où il cite parmi ses références, des personnes ou de grands comiques comme Eddie Murphy, Louis de Funès, Coluche ou encore Jim Carrey, et «pas un seul Africain», fait remarquer une consœur. Mais comme dirait Ahmed Sylla, ce serait presque normal : «Je ne regardais la Rts (la télévision publique sénégalaise, Ndlr) que de façon occasionnelle. Je n’ai pas eu l’occasion de grandir avec des humoristes sénégalais, et c’est après que je me suis fait une Culture : Sanekh…Gohou. Mais s’il y a deux Africains que j’aurais pu citer parmi mes références, c’est mon père et ma mère. Mais comme je leur fais honneur dans le spectacle, je n’avais pas besoin de le dire».

Né de parents immigrés sénégalais en France, Ahmed Sylla n’a pas très envie de choisir : «Etes-vous Français ou Sénégalais ?» lui demande-t-on, «Je suis les deux». De cette «double-culture», il dit d’ailleurs qu’elle s’exprime dans ses spectacles, dans cette façon qu’il a de faire «parler (son) père, (sa) mère, son grand-père. Quand on vient voir mon spectacle, on sait que je suis d’origine africaine, que j’ai grandi avec des parents qui sont venus en France, qui ont leur identité. Mais après, je n’essaie pas de porter un étendard pour dire : Je suis noir. C’est marqué sur ma peau, je n’ai pas besoin de le crier sur les toits (…) Ça fait partie de mes racines, je suis très fier de cette double-culture. Malheureusement je n’ai pas eu la chance de venir tous les ans au Sénégal, de me nourrir de ce pays.»

«JE NE DIS PAS CE QUI EST VRAI ET CE QUI EST FAUX»

A la fin de son spectacle, Ahmed fait parler son grand-père, «ancien combattant», qui lui aurait demandé de le faire. Vrai ou faux ? L’histoire ne le dit pas, mais il y a des principes à respecter, ce sont les règles du jeu : «Dans mon spectacle, je ne dis pas ce qui est vrai et ce qui est faux »…Toujours est-il que «si j’ai parlé de mon grand-père dans le spectacle, c’est vraiment pour leur rendre hommage, pour tout ce qu’ils ont fait pour nous. On peut être en France et être respecté. C’est parce qu’il y a des gens qui se sont battus à une certaine époque, et qui ont fait couler leur sang. C’était important pour moi de leur rendre hommage de façon très naturelle. Dans le spectacle, le grand-père n’est pas aigri envers la France ou envers ce qui a pu se passer, et je pense que c’est ça le plus important. Sans rancœur, on avance mieux. Il faut se servir de son passé pour viser le futur.»

Dans la matinée d’hier, lors de cette conférence de presse, Ahmed Sylla s’est dit «très fier» d’être de retour au Sénégal. 10 ans après, «les choses ont changé, mais dans le bon sens. Tout s’est construit, s’est développé. La manière dont on parle du Sénégal en France, je trouve ça très respectable. Quand on arrive ici, on n’a presque plus envie de rentrer. Je vais revenir plus souvent.»

Ahmed Sylla a lui aussi plutôt bonne presse ; et aujourd’hui, lui fera-t-on remarquer, autant dire qu’il s’est fait une «place au soleil. Ça vous surprend ? » L’artiste y va de son humour : « Ça ne m’a pas surpris parce qu’on est habitués au soleil. On ne bronze pas…Non je rigole»…

Puis de façon plus sérieuse : «Sant Yalla (rendons grâce à Dieu, Ndlr), c’est Dieu qui donne. Le fait d’être arrivé ici, et d’avoir la chance de venir au Sénégal, je le vis, mais je ne savoure pas encore (…) Quand j’ai commencé les vidéos, je ne m’attendais pas à faire un film qui fasse un million d’entrées en France. Jamais je ne m’attendais à venir ici au Sénégal, voir la fierté de la famille».

Mais en attendant, disons qu’il a tout de même trouvé le moyen de savourer un bon plat de «dibi», et à même le «papier» ; donc sans fourchette, ni couteau. Rien d’accessoire, que de l’essentiel : «Le dibi, le piment, les oignons».
Interdit de saliver !
sudonline.sn

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