Législatives au Liban : Le Hezbollah confirme son influence, Saad Hariri en net recul

Le Hezbollah sort renforcé des législatives au Liban
Image d'archives

Le Hezbollah et ses alliés ont conforté leur influence sur la scène politique libanaise

, selon les premiers résultats des législatives connus lundi. Le Premier ministre Saad Hariri a perdu gros. Retour sur les principaux enseignements de ce scrutin.

Le ministre de l’Intérieur libanais Nouhad Machnouk a annoncé, lundi 7 mai, les résultats officiels, mais incomplets des élections législatives de la veille. Le comptage des voix est toujours en cours et prendra encore 24 heures dans l’une des 15 circonscriptions. Une annonce suivie d’échauffourées dans certains quartiers de Beyrouth, qui a nécessité le déploiement de l’armée autour des principales artères de la capitale.

Le Hezbollah et ses alliés en position de force

Sans surprise, le Hezbollah et l’autre parti chiite Amal, présidé par le président du Parlement Nabih Berri, ont remporté la quasi-totalité des 27 sièges réservés à leur communauté, selon le système politique confessionnel libanais, grâce à la mobilisation et à la discipline de vote de leurs partisans respectifs. « Ce scrutin prouve que le Hezbollah continue à s’enraciner, lentement, mais sûrement dans le tissu politique libanais », analyse Didier Leroy, spécialiste du monde arabe et professeur à l’École royale militaire belge. Des figures pro-syriennes font également leur entrée au Parlement. Avec l’ensemble de ses alliés, en premier lieu Amal, le Hezbollah dispose déjà d’une minorité de blocage au Parlement et devrait pouvoir se forger plus facilement une majorité dans les jours à venir.

Du côté chrétien, le Courant patriotique libre (CPL) fondé par le président Michel Aoun, reste le parti le plus fourni en députés issu de cette communauté, avec près d’une vingtaine de sièges, en attendant le comptage de la dernière circonscription du Akkar (Nord). Allié à la fois au Hezbollah chiite et au Courant du Futur du Premier ministre sunnite Saad Hariri, le président libanais pourra jouer les arbitres. Il peut également se satisfaire de l’élection de ses deux gendres, le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, décrit comme présidentiable en 2022, et du général à la retraite Chamel Roukoz.

L’autre parti chrétien des Forces libanaises (FL), dirigé par l’ancien chef de la milice éponyme Samir Geagea, farouchement anti-Hezbollah et rival du CPL, a pratiquement doublé le nombre de ses députés, qui passent de 8 à 15. Les FL ont notamment remporté un siège dans le bastion électoral du Hezbollah dans la circonscription de Baalbek-Hermel.

Côté sunnite, Saad Hariri a annoncé lundi que son mouvement, le Courant du Futur, avait perdu un tiers de ses sièges au sein du Parlement. Son parti disposera 21 sièges de députés dans le nouvel hémicycle, contre 33 sièges dans le Parlement sortant (sur 128 au total), a-t-il annoncé lors d’une conférence de presse organisée à Beyrouth. Un camouflet qu’il a expliqué en pointant notamment du doigt la nouvelle loi électorale adoptée en 2017, complexe et alambiquée.

Pour Raphaël Gourrade, chercheur spécialiste du Moyen-Orient à l’EHESS, cette défaite « témoigne à la fois de l’atomisation de la société partisane sunnite et des répercussions de la stratégie mise en place par Saad Hariri, qui l’a vu soutenir Michel Aoun, c’est-à-dire implicitement un allié du Hezbollah ». Toutefois, malgré la réduction de son bloc parlementaire, Saad Hariri pourrait être reconduit par les députés à la tête du prochain gouvernement libanais. Il reste en effet à la tête du principal bloc de députés sunnites, confession dont doit être issu le Premier ministre au Liban.

Une société civile en berne

La nouvelle loi électorale, décrite comme plus représentative dans le sens où elle a mis en place la proportionnelle, devait permettre aux listes de candidats issu de la société civile de faire leur entrée au Parlement et « de briser le système » favorable aux grands partis. Cependant, seule une femme, la journaliste de télévision Paula Yacoubian l’a emporté dans une circonscription de Beyrouth. « C’est une révolution », a-t-elle toutefois indiqué à l’antenne de France 24.

Un électeur sur deux a voté

Les législatives de dimanche ont également été marquées par un faible taux de participation, 49,2 %, alors quelque 500 000 nouveaux jeunes électeurs étaient appelés aux urnes, après neuf ans sans législatives. Lassée par les pratiques politiciennes et les discours sectaires, ulcérée par le clientélisme et le népotisme en vigueur au Liban, une partie de la population a décidé de boycotter ce scrutin.

Achat de voix et violations de la loi électorale

Outre les incidents survenus le jour des élections, notamment à Zahlé (Ouest), où des affrontements ont éclatés entre partisans de divers partis politiques chrétiens, l’Association libanaise pour des élections démocratiques (Lade) a relevé plusieurs centaines de violations du processus électoral, comme des pressions exercées sur des électeurs dans des bureaux de vote, ou encore des urnes non scellées. Clientélisme, népotisme, manque de transparence du scrutin… la démocratie libanaise, malmenée en premier lieu par la classe politique locale, reste l’otage d’une culture politique qui empêche le développement d’une conscience citoyenne. Le pays du Cèdre occupe le 143e rang (sur 180) au classement 2017 de l’indice de perception de la corruption publié par l’ONG Transparency International, basée à Berlin.

Vote de la diaspora : une première contrastée

Pour la première fois, la diaspora libanaise, estimée à plusieurs millions de personnes dans le monde, était autorisée à voter depuis l’étranger. Pourtant seules quelque 82 000 personnes se sont inscrites auprès du ministère des Affaires étrangères, qui a organisé l’opération. Une première, réclamée de longue date, qui laisse un goût amer, de l’aveu même des principaux partis libanais.
france24.com
ActuPrime – La primeur et la valeur de l’information – Sénégal

Laisser un commentaire