Le scandale qui fait vaciller Volkswagen

Le constructeur allemand aurait installé un mécanisme dissimulant le niveau réel d’émissions de gaz polluant sur certains de ces modèles. Cette accusation est le sommet d’une année 2015 turbulente pour la société. Les autorités américaines ont décidé d’étendre leur enquête à d’autres constructeurs automobiles.

La bombe a provoqué une déflagration sur la place financière. Lundi matin, soit trois jours après la révélation dans la presse d’une tricherie sur les contrôles antipollution du groupe Volkswagen aux États-Unis, l’action du leader du secteur automobile mondial a dévissé à la Bourse de Francfort. Le titre a abandonné près de 20%. Cette chute porte à 34% le recul de la valeur boursière de Volkswagen depuis trois mois. Le coup est sévère et instantané. La crainte d’une amende record de 18 milliards de dollars plonge le groupe allemand dans l’ombre de l’incertitude et s’ajoute à une année déjà mouvementée. Les autorités américaines ont de leur côté annoncé lundi étendre leurs investigations à «des véhicules déjà en circulation produits par d’autres constructeurs pour détecter la présence de possibles logiciels trompeurs permettant de fausser les tests antipollution.»

• Objectif: 5 milliards d’économies d’ici à 2017

La situation de Volkswagen est paradoxale. Sur le papier, sa puissance est totale et en juin dernier, le groupe allemand affichait une croissance de 5,3% de ses immatriculations. Le géant mondial vend alors près d’une voiture sur quatre en Europe. Reste qu’en 2014, les bénéfices de la principale division de Volkswagen ont chuté de 14% , à 2,48 milliards d’euros. Dans le même temps, sa marge de bénéfice d’exploitation est revenue à 2,5% contre 2,9% lors de l’exercice précédent. Le directeur financier du groupe, Hans Dieter Pötsch, avait alors annoncé que «étant donné les faibles perspectives de croissance, rien ne garantit que l’année 2015 sera couronnée de succès».

Volkswagen a ainsi lancé un plan d’économie de cinq milliards d’euros d’ici à 2017, basé sur un arrêt de la production des véhicules les moins rentables et la réduction des équipements les plus coûteux. L’objectif est d’améliorer les résultats de la marque d’environ un milliard d’euros dès 2015 après un premier semestre encourageant lui ayant permis de détrôner Toyota de la première place mondiale. Entre le 1er janvier et le 30 juin, le groupe allemand a écoulé 5,04 millions de véhicules contre 5,022 chez son concurrent japonais. Reste que le groupe a été rattrapé par la panne du marché chinois, l’un de ses principaux clients et un territoire où VW est le premier acteur étranger. Jusqu’ici, la Chine représentait 40% de ses ventes et la crise du marché asiatique a bousculé la croissance de Volkswagen avec 1% de baisse des ventes mondiales depuis début 2015. Sur le seul marché chinois, ses ventes ont reculé de près de 4% au cours du premier semestre 2015

• Lutte au sommet de la direction

L’affaire a passionné l’ensemble de l’Allemagne en avril dernier. Après deux semaines de lutte intense, l’historique dirigeant Ferdinand Piëch, le président du conseil de surveillance, a été poussé à la démission en même temps que sa femme, Ursula. Jusqu’ici leader incontesté et figure tutélaire, l’ancien patron de Volkswagen (1993-2002), a été contraint de «prendre de la distance» avec le président du directoire et patron opérationnel du groupe, Martin Winterkorn. L’épisode avait alors secoué l’opinion et les 600.000 employés du groupe. La presse allemande évoquait à cette occasion d’une «césure historique» pour évoquer ce chapitre et l’ensemble de la stratégie du groupe a été repensée.

• Pour Winterkorn, VW entre «dans une nouvelle ère»

La semaine passée, lors de l’ouverture du Salon de Francfort, Martin Winterkorn a annoncé «l’entrée dans une nouvelle ère» pour le groupe, tournée vers les nouvelles technologies et la voiture connectée. Si le dirigeant a assuré que, malgré les changements profonds de consommation, «la demande en Chine resterait forte», les inquiétudes sont présentes. «On se retrouve dans une situation similaire à celle connue par Toyota il y a quelques années, explique Jean-François Belorgey du cabinet EY. Quand on est leader, chaque erreur est guettée. Le modèle VW n’est pas fragile, mais il va devoir montrer qu’il sait s’adapter à un contexte qui change, parfois brutalement, quel que soit le marché.»

En 2010, Toyota avait été confronté à la crise de rappels de 16 millions de véhicules dans le monde entre novembre 2009 et février 2011. Après un énorme travail interne, le groupe japonais est aujourd’hui redevenu co-leader du secteur automobile aux côtés de Volkswagen. Ce travail interne devrait être réalisé dans les prochaines semaines au sein du groupe allemand. Dans sa prise de parole dimanche, Martin Winterkorn a assumé avoir «déçu la confiance de (ses) clients et de l’opinion» alors que plusieurs voix demandent son éviction du groupe.

lefigaro.fr

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