Le président colombien Juan Manuel Santos, prix Nobel de la paix 2016

Juan Manuel Santos, lauréat 2016 du prix Nobel de la paix. Le président colombien s’est vu attribuer cette distinction, ce vendredi 7 octobre, pour ses « efforts déterminés » en faveur de la paix dans son pays, engagé depuis 52 ans dans une guerre civile contre la guérilla marxiste des FARC. « Le seul prix auquel nous aspirons, c’est la paix et la justice sociale pour la Colombie », a déclaré pour sa part le chef des forces armées des FARC, Timochenko, écarté du Nobel.

A Oslo, le comité Nobel souligne que ce prix décerné au président Santos, au pouvoir dans son pays depuis 2010, constitue également un hommage au peuple colombien et à toutes les parties impliquées dans le processus de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), plus vieille guérilla marxiste d’Amérique latine. Un conflit meurtrier « qui a provoqué le déplacement de près de six millions de personnes », rappelle le comité norvégien.

L’action du chef de l’Etat colombien s’est traduite par plus de quatre ans de négociations menées avec les guérilléros à La Havane, à Cuba, avant la signature, fin septembre dernier à Carthagène, d’un accord de paix avec le chef des FARC, Rodrigo Londoño Echeverri alias Timoleon Jiménez, ou « Timochenko », qui n’a pas reçu de prix pour sa part alors qu’il était également pressenti, précise notre correspondant à Oslo, Gregory Tervel. Juan Manuel Santos est récompensé seul et en tant que personne parce qu’il est à l’origine des discussions de paix selon le Comité et aussi en tant que représentant du peuple colombien, car le prix veut aussi rendre hommage aux victimes civiles du conflit. « Hommage est rendu, surtout, aux proches des innombrables victimes de la guerre civile », précise le communiqué du comité Nobel.

Après l’échec au référendum, l’incertitude

L’accord de paix, trouvé le 24 août dernier, devait mettre un terme à un conflit armé de plus d’un demi-siècle. Mais le texte ayant été jugé trop favorable aux ex-guerilleros par ses détracteurs, au premier rang desquels l’ancien président Alvaro Uribe, il a été rejeté dimanche dernier par référendum (50,21 % contre, 49,78 % pour l’accord). Mais le comité salue ce choix de la consultation aussi.

« Le fait qu’une majorité des votants ait dit non à l’accord de paix ne signifie pas nécessairement que le processus de paix est mort. Le référendum n’était pas un vote pour ou contre la paix », souligne d’ailleurs la présidente du comité, Kaci Kullmann Five. Mais de préciser : « Il existe un réel danger que le processus de paix s’interrompe et que la guerre civile reprenne », ce qui « rend encore plus impérieux le respect du cessez-le-feu par les parties ». Le comité entend ainsi peser sur le processus en cours en aidant le président colombien dans la poursuite du dialogue de paix.

Un ancien faucon devenu faiseur de paix

« Le comité Nobel norvégien souligne l’importance de l’invitation du président Santos à toutes les parties pour participer à un vaste dialogue national en vue de faire progresser le processus de paix. Même ceux qui se sont opposés à l’accord de paix ont salué ces pourparlers. Le comité Nobel espère que toutes les parties prendront leur part de responsabilité et participeront de manière constructive aux négociations de paix à venir », précise le communiqué.

Juan Manuel Santos, 65 ans, est issu d’une famille de la haute société de Bogota qui a donné plusieurs présidents à la Colombie. En tant que journaliste -la dynastie Santos a des intérêts dans le quotidien El Tiempo-, il a par le passé remporté le prix du roi d’Espagne pour ses chroniques sur la révolution sandiniste au Nicaragua. Ce travail d’enquête avait été mené avec son frère Enrique, autre acteur clé du processus de paix – entamé officiellement avec les FARC en 2012 après deux ans de travaux secrets lancés en 2010. Juan Manuel se lance ensuite dans la politique et occupe plusieurs ministères à partir de 1991. Il sera notamment ministre de la défense et chef de l’armée de 2006 à 2009 lors du second mandat d’Alvaro Uribe.

Juan Manuel Santos applique alors sa politique de la « main de fer », et porte des coups très durs aux Farc en utilisant des méthodes parfois contestables. Très populaire, il remporte la présidentielle en 2010 avec le soutien du président sortant qui deviendra son adversaire le plus acharné lorsqu’il comprend que son ancien chef de guerre veut en fait la paix, et que ses attaques tous azimuts de la rébellion visaient à l’affaiblir pour la forcer à négocier. Qualifié de « traître à la patrie », Juan Manuel Santos est quand même réélu en 2014 sur le slogan « la fin du conflit ou un conflit sans fin ».
rfi.fr

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