France : la différence entre médias de service public, médias privés et médias d’Etat

Face à un paysage audiovisuel vaste et varié, il peut apparaître délicat de distinguer les ressources,

les frontières, les raisons d’être et le fonctionnement de chaque média. RFI, média rattaché au groupe public France Médias Monde, décrypte ces trois grandes familles que forment les médias de service public, les médias privés et les médias d’État.

Depuis près de 15 ans, Thomas Bourdeau est journaliste au sein de Radio France internationale (RFI). Il travaille notamment à la gestion des réseaux sociaux. Et des critiques acerbes contre le média, il en voit passer beaucoup depuis quelques années. « Le climat est devenu hyper désagréable depuis le Brexit et Donald Trump, qui a lancé l’idée de ’’fake news’’ », remarque-t-il.

Dans les attaques contre RFI, on retrouve notamment des accusations selon lesquelles la radio serait la voix de l’État français. « Le dialogue est très compliqué », confesse le journaliste, qui nuance tout de même : « Les réseaux sociaux sont aussi un défouloir, un endroit où on se déchaîne et où on dit n’importe quoi. Parce que c’est drôle ou que ça fait du bien. »

Face à ce constat, s’impose un éclairage sur le paysage médiatique et ce qui différencie les médias de service public, comme RFI, des médias privés et des médias d’État.

Les médias de service public

La société France Médias Monde (FMM) regroupe RFI, France 24 et Monte Carlo Doualiya. Trois entités qui font partie des médias de service public en France, à l’image des antennes du groupe Radio France et des chaînes du groupe France Télévisions.

En France, les médias de service public sont financés en grande partie par les impôts. En toute transparence, Radio France révèle que son financement provient « à 86,12% de la contribution à l’audiovisuel public, soit 569,4 millions d’euros » en 2021. « Les 13,8% restants proviennent de ressources propres, principalement issus de la publicité et des activités de diversification », poursuit le groupe.

Ce modèle de financement est source de critiques. Le raccourci est facile : les médias de service public sont-ils indépendants de l’État, alors que leur fonctionnement dépend des impôts prélevés par le même État ?

Oui, assurent-ils. Plusieurs garde-fous existent pour se prémunir d’une mainmise étatique, à commencer par les statuts. À FMM, les journalistes signent une charte de déontologie qui rappelle et garantit des « principes essentiels » et des « valeurs » tels que l’indépendance, la transparence, le pluralisme, l’honnêteté de l’information… En d’autres termes : l’État n’a aucun droit ou regard sur le contenu éditorial.

Illustration en septembre 2022 avec l’intervention ferme des sociétés des journalistes (SDJ) de RFI et France 24 après des propos tenus par Emmanuel Macron. Le président de la République, face aux ambassadeurs et ambassadrices du pays, avait déclaré : « Nous devons beaucoup mieux utiliser le réseau France Médias Monde, qui est absolument clé et qui doit être une force pour nous. »

« Non M. Macron, FMM n’est pas le porte-voix de l’Élysée (…). Nos journalistes ne sont en aucun cas et ne seront jamais un outil au service de votre communication et de votre politique. Les antennes de FMM ne sont pas ’’des médias d’État’’ (…). Nous ne céderons jamais une once de notre indépendance, en quelque circonstance que ce soit. Nous ne sommes pas journalistes ’’à utiliser’’. Là est notre ligne rouge », avait martelé la SDJ.

Les SDJ ne sont pas les seuls remparts au sein de FMM. Depuis 2017, l’entreprise est dotée d’un Comité relatif à l’honnêteté, à l’indépendance et au pluralisme de l’information et des programmes. Elle dispose également d’un médiateur, lequel « veille au respect de la déontologie » et sert d’« intermédiaire entre le public et les rédactions de FMM ». « Son avis est consultatif » et « il n’est ni le représentant de la direction, ni le porte-voix de l’entreprise », est-il précisé dans la charte de déontologie.

Les médias privés

À la différence des médias de service public, les médias privés ont pour particularité d’avoir des capitaux détenus par des groupes… privés, justement. L’État joue aussi un rôle dans le financement de ces médias : chaque année, le ministère de la Culture accorde des aides à la presse française, afin de soutenir « le développement de la diffusion, la défense du pluralisme, la modernisation et la diversification ».

Les médias privés tirent aussi leurs revenus auprès de leurs régies publicitaires et, bien sûr, auprès de leurs abonnés payants. Mais leur rattachement à un propriétaire privé et les aides accordées à la presse leurs valent aussi bon nombre de critiques. Outre une prétendue collusion avec le monde politique, les médias privés sont accusés de censure à propos de sujets touchant aux intérêts de leurs propriétaires.

Il existe toutefois, comme au sein des médias du service public, des outils pour garantir au mieux l’indépendance et la transparence des rédactions vis-à-vis de leurs propriétaires et de la sphère politique.

Le Monde fait partie du groupe Le Monde, détenu entre autres par l’homme d’affaires Xavier Niel depuis 2010. Cette même année, le quotidien a adopté une charte d’éthique et de déontologie. Les journalistes du Monde ont encore réaffirmé, en 2021, leur indépendance et leur attachement à « une stricte séparation des pouvoirs éditorial et actionnarial ».

Le journal Libération, qui était détenu par le groupe Altice de l’homme d’affaires Patrick Drahi avant d’être intégré à un fonds de dotation en septembre 2020, brandit une charte d’éthique semblable à celle de FMM. Il dispose aussi d’une comité d’indépendance éditoriale « chargé de veiller au respect du pacte d’indépendance ». Au jour de sa nomination au poste de directeur de la rédaction, Dov Alfon a loué ces salariés qui « veillent à sauvegarder l’équilibre du journal et son indépendance rédactionnelle ».

La transparence est un autre facteur mis en avant pour assurer aux lecteurs et lectrices une information claire et sans ambiguïté. Le Parisien, quotidien du groupe Les Échos-Le Parisien, détenu par LVMH, précise ainsi à chaque fois son affiliation à son propriétaire quand il doit traiter de sujets pouvant être liés aux intérêts de LVMH.

Les médias d’État

Ce sont les médias dont la nature même suscite la controverse. En apparence, ils pourraient ressembler aux médias de service public. Mais c’est dans les détails que les différences apparaissent, bien qu’elles soient sujettes à débats.

Les médias d’État sont financés par l’exécutif et relaient les positions de leurs dirigeants. Ils s’en défendent souvent et jurent être indépendants. Mais quand le contenu éditorial est dicté par l’État, difficile de ne pas voir leur dépendance. L’année 2022 et le début de l’invasion en Ukraine a mis en lumière la situation très précaire de la liberté de la presse en Russie. Dans ce pays, désormais, seuls les médias d’État ont droit de citer.

De nombreuses chaînes de télévision et de radio ont été fermées par le Kremlin à la faveur de lois interdisant toute critique de l’opération militaire en Ukraine. Le terme de « guerre » est proscrit à l’antenne et dans les journaux. « Toute la machine de répression s’est mise en marche. Par étapes, on a fermé les médias comme L’Écho de Moscou ou Dojd. Les nouvelles lois qui prévoient des arrestations et des poursuites pénales sont de nouveaux coups portés à la presse », confiait à RFI le journaliste russe Sergueï Buntman en mai 2022.

À contrario, les chaînes Russia Today (RT) et Sputnik, canaux du pouvoir russe, sont toujours actives et relaient le narratif de l’État. Au sein de l’Union européenne, où la guerre menée en Ukraine est largement condamnée, une décision radicale a été prise : RT et Sputnik ont été interdits de diffusion. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a justifié ce choix afin que ces médias ne puissent « plus diffuser leurs mensonges pour justifier la guerre de (Vladimir) Poutine ». Ces interdictions ont relancé les débats autour de la liberté d’expression.

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) dresse un portrait accablant d’une Russie où seuls les médias d’État subsistent encore : « La quasi-totalité des médias indépendants ont été interdits, bloqués et/ou déclarés ’’agents de l’étranger’’. Tous les autres sont soumis à la censure militaire. »

La situation n’est guère plus brillante en Chine, où le puissant réseau télévisé CCTV (Télévision centrale de Chine) est contrôlé par Pékin. « Chaque jour, le département de la Propagande du Parti communiste envoie à l’ensemble des médias une liste détaillée de sujets à mettre en avant et une liste de sujets qu’il est interdit de traiter sous peine de sanctions », rappelle RSF qui, dans son classement de la liberté de la presse 2022, place la Chine au 175e rang sur 180.
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