La culture de sécurité pour éradiquer le terrorisme violent en Afrique : La recette du Forum International de Dakar

Paix et sécurité en Afrique

Le 4ème Forum International de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique s’est déroulé du 13 au 14 novembre 2017, au moment où prenait fin l’opération « Hawbi » du G5 Sahel. « Hawbi » est la première opération militaire de « contrôle de zone » de la force conjointe du G5 Sahel. Elle s’est déroulée du 27 octobre au 11 novembre 2017, dans la zone frontalière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

Le Forum International est informel et se tient annuellement à Dakar. C’est une rencontre ouverte, de débat d’idées, d’échanges et de propositions susceptibles de conduire à des volontés partagées et des décisions communes, pour l’instauration de la paix et de la sécurité en Afrique. Des chefs d’Etats et de gouvernements, des experts militaires et civils, des organisations internationales, des ONG et des membres de la société civile africaine et internationale y prennent part.

Le G5 Sahel est un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques économique et de sécurité. Il regroupe le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, les cinq Etats sous la menace directe des organisations terroristes de la région du Sahel. En réalité, ce sont les Etats qui sont directement en contact avec le cercle de feu du Sahara, à l’exception de ceux du nord de cette zone. Il a un secrétariat permanent en Mauritanie et s’est doté d’une force militaire anti-terroriste conjointe, en novembre 2015.

Le Forum International de Dakar et le G5 Sahel sont nés pratiquement dans la même période, entre décembre 2013 et décembre 2014. Ils visent les mêmes objectifs d’éradication du terrorisme violent et de rétablissement de la paix et de la sécurité en Afrique et particulièrement au Sahel. L’un des deux peut sembler être de trop. Cependant, ils ont des particularités qui les distinguent.

Le G5 Sahel, notamment avec sa force anti-terroriste conjointe, privilégie à l’évidence l’option militaire pour combattre le fléau. Il cible les groupes armés qui mènent des actions meurtrières et destructives, sources d’insécurité et d’instabilité, néfastes à toute entreprise de développement et de progrès.

Le Forum International de Dakar se consacre à la prévention, par l’instauration d’une culture de sécurité, à tous les niveaux de l’activité humaine, civile et militaire. Il s’attaque aux racines du mal par l’information, la sensibilisation et l’éducation. Le Forum veut parvenir à faire adopter des comportements, des modes de vie, des progrès techniques et technologiques ainsi que des modèles de gouvernance capables d’empêcher l’éclosion de toute forme de terrorisme.

La tenue du 4ème Forum International de Dakar au moment où se termine l’opération « Hawbi », le premier test opérationnel de la force anti-terroriste conjointe du G5 Sahel, a permis l’expression et le partage d’idées, de remarques et d’analyses. Ces échanges ont porté plus ou moins sur les deux démarches. Ils renvoient à un survol des événements au Sahel et particulièrement au Mali. En effet, le cas du Mali tout seul suffit à démontrer la pertinence du Forum International et du G5 Sahel. Toutefois, leur efficacité et leur complémentarité devront tenir compte de certaines réserves et observations.

Le déséquilibre dans le développement entre le Nord Mali à la population généralement blanche et la partie négro-africaine du sud a renforcé des sentiments d’exclusion qui ont parfois pris une connotation de suprématie raciale. Par ailleurs, la duplicité d’une catégorie de la population tendait à gêner toute action de développement du gouvernement ainsi que les fonctionnaires dans leur travail et leur vie quotidienne, dans la zone. Cela a induit une désertion utilisée plus tard contre l’Etat malien, pour renforcer la justification des tendances sécessionnistes.

Le dénuement et les conditions de vie arides du désert n’ont pas simplifié les choses en transformant cette zone lointaine en lieu de pénitence ou de bannissement déclaré et avéré. Le sort qui y a été fait à d’anciens chefs d’Etat, des hommes politiques, des fonctionnaires indésirables lui vaut cette réputation. Ce qui a engendré des frustrations traduites dans un désir irrédentiste et une volonté d’indépendance de certaines catégories de la population locale. L’idée de l’indépendance de l’Azawad a été également renforcée et légitimée par la découverte d’une fabuleuse richesse du sous-sol.

Ainsi s’est constitué un terreau fertile au banditisme transfrontalier, au narcotrafic et au terrorisme violent, qui y entretiennent l’insécurité. Le Nord Mali est devenu, au fil du temps, le ventre mou ou le talon d’Achille d’un pays qui se bat depuis l’indépendance, avec des fortunes diverses, contre le sous développement, le sous équipement, la pauvreté et parfois la misère. La prise en charge de ces enjeux a été problématique à cause des crises d’instabilité et d’orientation dans la gouvernance du pays.

Autant que les populations, les forces de défense et de sécurité sont le reflet de l’état général du pays. L’armée malienne a été longtemps vouée aux coups d’Etat et à la garde prétorienne des pouvoirs en place. Comme la plupart des armées africaines, elle a été victime des politiques d’austérité et d’ajustements structurels imposées par le FMI et la Banque Mondiale. Ces institutions financières considéraient paradoxalement, les dépenses de sécurité et de défense inutiles. La présence de bases militaires françaises couplée aux accords de défense, favorisant la dépendance à l’assistanat militaire a également contribué au délaissement de certaines armées nationales africaines.

L’armée malienne est insuffisamment formée, désorganisée et sous équipée. Elle n’était pas en condition de professionnalisme notamment pour assurer la défense de l’intégrité du pays. C’est aussi la situation de la majorité des armées africaines. Ainsi, le défaut de sécurité a entrainé le transfert en Amérique du Sud du Rallye du « Dakar », en 2008. Cette compétition sportive internationale de course autos-motos était menacée au Mali et dans d’autres pays sahéliens par des groupes armés dont Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi). Elle a subit des agressions et des prises d’otages meurtrières devenues intolérables.

En avril 2012, l’indépendance de l’Azawad est proclamée par la rébellion touareg du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA). Celui-ci s’est facilement défait de l’armée malienne grâce à l’apport technique et stratégique de leurs combattants sortis des rangs de l’armée libyenne disloquée. La puissance de feu hérité de cette armée libyenne leur a également permis de prendre l’avantage qui n’a été que de très courte durée.

En réalité, le MNLA manipulé a servi de cheval de Troie à des groupes armés terroristes se proclamant djihadistes, ainsi qu’aux narcotrafiquants et à d’autres bandits armés. Ils vivent presque tous de prises d’otages, de trafics humains et de contrebande. Les djihadistes avaient une puissance de feu considérable héritée également de l’arsenal libyen, après la chute et la mort de Kadhafi, en octobre 2011. Ils avaient des projets expansionnistes vers le sud du Mali, voire au delà. Ils ont ouvertement mis en route une campagne militaire classique d’occupation, en janvier 2013.

Cette opération a fait trembler le Mali et toute la sous-région ouest-africaine de peur et d’angoisse. C’est l’impuissance de l’armée malienne qui a fait réagir la France à travers l’opération militaire Serval pour stopper, puis chasser les envahisseurs, sauver le Mali et rassurer, tant soit peu, la sous région. Visiblement, il fallait une armée digne de ce nom pour arrêter et anéantir ces forces djihadistes surarmées et très motivées.

On ne pouvait pas en dire autant des armées de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne autour du désert sahélien. Si l’armée tchadienne s’y est illustrée de manière efficace et convaincante, c’est qu’elle s’est bonifiée dans la guerre des sables du désert sahélien. L’histoire du Tchad est jalonnée de guerres de factions rivales. L’une des factions rivales, qui en avait chassé une autre, était au pouvoir au moment du déclenchement des évènements du Mali. Les tchadiens font valoir d’ailleurs que leur pays est le seul du G5 Sahel engagé, sur le terrain, dans la bataille contre le terrorisme, sans avoir un seul terroriste sur son territoire.

Les militaires tchadiens ont également acquis leur expérience dans leurs affrontements avec l’armée libyenne. Une anecdote rapporte qu’une dame, à force d’entendre à la radio parler de la bataille de Faya-Largeau et de la bande d’Aozou, se disait impressionnée par leur popularité. Selon elle, Faya-Largeau devait être un combattant farouche et invincible, tandis qu’Aozou était un stratège qui a bien préparé sa bande à la résistance.

Plus sérieusement, les djihadistes au Mali avaient engagé une guerre classique qu’ils ont perdue. Par la suite, ils ont changé de stratégie en adoptant des tactiques imprévisibles, isolées et incontrôlables, des attentats surprises et des prises d’otages. Pour cette forme de guerre, il est indispensable d’avoir en face une armée techniquement et technologiquement en pointe, surtout dans le renseignement, pour ruiner les desseins de ces groupes violents.

Ce diagnostique a été davantage élargi et approfondi lors du 4ème Forum International de Dakar. Les solutions proposées font état de la nécessité pour les pays d’Afrique d’avoir les capacités de défendre leur intégrité et d’assurer leur sécurité eux-mêmes. Ce qui n’est pas encore le cas, malgré les efforts d’assistance, d’encadrement et de formation fournis par certains pays occidentaux.

L’opération « Hawbi » peut avoir le mérite d’enrichir le savoir et le savoir faire des militaires africains qui doivent être soutenus par une formation permanente. L’un des aspects de cette formation permanente sera opportunément pris en charge par le Centre de formation anti-terroriste annoncé à Abidjan, en fin novembre 2017, au terme du sommet Afrique-Europe. Mais cela ne suffit pas. Il restera à combler l’énorme déficit ou retard en équipements logistiques, en armements militaires, en technologies de pointe et en stratégie de renseignement. En définitive, l’ensemble des éléments qui déterminent notamment la capacité d’adaptation aux nouvelles méthodes de guerre asymétriques.

Le montage du G5 sahel, puis la mise en œuvre de l’opération « Hawbi » ont été laborieux et cahoteux à cause des résistances, des hésitations, du scepticisme et du refus de partenaires nationaux et internationaux à y participer financièrement ou effectivement. De fait, certains les ont perçus comme une bouée d’oxygène pour la France. Celle-ci étant essoufflée financièrement par son engagement esseulé comme puissance militaire dans les combats au Sahel. Un fait reconnu publiquement par le chef de l’Etat malien, au moment où le Tchad avouait également son incapacité à continuer de soutenir financièrement son engagement militaire sur le terrain. Tout cela confirme que le nerf de la guerre fait cruellement défaut aux Etats africains pauvres du Sahel.

Tout compte fait, les participants à tous les niveaux du 4ème Forum International de Dakar s’accordent sur la nécessité d’avoir une armée professionnelle digne de ce nom, dans chaque pays africain. Elle constitue le préalable et la condition indispensables pour rendre opérationnelle et efficace l’approche intégrée, la mutualisation des moyens et toutes les actions conjointes contre l’insécurité et le terrorisme violent. Cela n’exclue pas la forte demande de révision du mandat des forces de l’ONU, pour aller au delà du maintient de la paix, là où celle-ci n’existe pas encore.

En définitive, la vocation principale et l’objectif final du Forum International de Dakar, c’est d’encourager et de parvenir à la création et à l’instauration d’une culture de sécurité en Afrique. Chaque pays doit y parvenir d’abord en interne dans tous les secteurs de l’activité humaine civile et militaire, formelle et informelle, privée et publique, institutionnelle et populaire.

Toutes les compétences civiles, militaires et de la société civile sont appelées à y contribuer. Cela se fera à travers notamment un partage fécond d’expériences de gouvernance, de démocratie, de respect et de sauvegarde des droits humains, de politiques de développement économique et social équilibrées des terroirs, de création d’emplois, de distribution des richesses, de justice sociale. Tout cela, en prenant en charge les besoins incompressibles de l’importante masse dynamique et bouillante de la population jeune, cible privilégiée des groupes armés terroristes.

A la suite des précédentes, cette 4ème édition a été riche en propositions aussi variées que les multiples besoins des individus et des sociétés de vivre dans un environnement, des conditions et un climat favorables à leur plein épanouissement. C’est la recette du Forum International de Dakar, pour garantir et pérenniser la Paix et la Sécurité en Afrique.

K D : actuprime.com
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