Conseil constitutionnel, Cour suprême : Le juge nouveau des élections en Afrique est-il arrivé par le Kenya ?

Conseil constitutionnel et Cour suprême au Kenya
Image d'illustration

Dans le ciel politico-électoral de l’Afrique subsaharienne, l’énorme coup de tonnerre qui s’est produit à l’Est, au Kenya, a eu, pourrait-on dire, des retentissements à l’Ouest, au Libéria.

Le vendredi 1er septembre, la Cour suprême du Kenya annonce l’invalidation de la victoire du président sortant, Uhuru Kenyatta. Ce dernier venait d’être réélu au terme du scrutin du second tour de la présidentielle du 8 août, contre l’opposant historique Raila Odinga. Selon la Cour suprême, les élections n’avaient pas été conduites en accord avec la constitution, les illégalités et les irrégularités avaient affecté l’intégrité de l’élection.

Le lundi 6 novembre, la Cour suprême du Libéria a suspendu sine die le processus électoral à la veille du second tour de la présidentielle. La Cour se donne le temps d’examiner les recours pour fraude présumée lors de l’organisation du premier tour.

A noter qu’au Kenya les contestations ont été portées par le candidat arrivé deuxième puis perdant au second tour. Au Libéria, c’est le troisième qui n’est pas partie prenante au second tour qui dénonce les fraudes.

L’invalidation d’une élection présidentielle par un tribunal est une première sur le continent. C’est un fait d’autant plus notable que le président sortant y est engagé en tant que candidat à sa propre succession.

S’il n’est pas établi que ce qui s’est passé au Kenya a eu des influences au Libéria, sa résonnance paraît sensible à un mois d’intervalle, comme une sorte de réplique sismique, à des milliers de kilomètres, d’Est en Ouest.

La Cour suprême du Kenya a pris une décision très courageuse, voire téméraire. C’est une très lourde responsabilité que d’invalider les résultats d’une élection. Ce qui a poussé le président sortant à initier le vote d’une loi, pour ne plus permettre à quelques individus que ce soit d’annuler le vote de tout un peuple.

Cette vision peut être valable s’il s’agit de mettre les résultats d’élections à l’abri de connivences, de collusions ou d’erreurs de jugement. Mais il n’est pas certain qu’elle soit juste, dans les cas où il faut rétablir l’honnêteté et la sincérité de scrutins ou redresser des résultats de votes falsifiés.
C’est la première fois que des résultats de scrutins contestés en Afrique sont invalidés au Kenya. Sans doute que pour la première fois également, le camp contestataire a mis à la disposition de la Cour suprême des preuves suffisantes et irréfutables de nature à affecter les résultats.

L’indépendance de la Cour suprême ou du Conseil constitutionnel a coutumièrement été mise en cause en Afrique, ainsi que la capacité des opposants à apporter des preuves suffisantes et irréfutables de leurs contestations. Dans ce cas du Kenya, le jugement rendu a eu l’effet d’un coup de tonnerre.

Ce roulement de tonnerre qui semble avoir des frémissements au Libéria fait penser à l’arrivée d’un juge nouveau des élections en Afrique. Dans le cas contraire, ce serait la preuve que la Cour suprême et le Conseil constitutionnel sont généralement victimes d’une perception sans commune mesure avec la réalité de leur capacité d’indépendance.

Quoi qu’il en soit, ce sont encore des pays anglophones d’Afrique qui donnent le ton. Même si dans un pays francophone comme le Sénégal, des élections ont été démocratiquement perdues, à deux reprises, par des présidents sortants, à l’issue de scrutins incontestés, organisés par l’Etat.
K D : actuprime.com
ActuPrime – La primeur et la valeur de l’information – Sénégal

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.