Centrale à charbon de Bargny: les populations rejettent le protocole du maire

La Centrale à charbon de Bargny
Image d'illustration

Le feuilleton sur le refus des populations de Bargny de l’érection de la centrale à charbon continue toujours. Le Comité pour la défense des intérêts de Bargny a fait une sortie le samedi 1er avril pour dire encore «Non à la centrale à charbon». Les membres de cette structure réagissaient ainsi contre le protocole signé le 2 mars dernier entre le maire de la ville et la Compagnie d’électricité du Sénégal (CES), stipulant l’adhésion des communautés au projet tant décrié depuis 2008.

«Bargny dit non à la centrale à charbon». C’est le slogan scandé, samedi dernier à Bargny où les membres du Comité pour la défense des intérêts de la ville tenaient un point de presse pour ramer à contre courant de leur maire, Abou Ahmed Seck. En effet, ce dernier est accusé d’avoir signé un protocole d’accord avec la Compagnie d’électricité du Sénégal (CES) et le ministère de l’Energie, matérialisant l’adhésion des communautés de Bargny à la centrale dite de Sendou. «Les populations de Bargny manifestent plus que jamais et avec détermination leur farouche opposition et leur profonde désapprobation à la centrale à charbon», a déclaré le porte-parole du jour.

LES INQUIETUDES D’UNE COMMUNAUTE

«Encore une fois et contrairement aux allégations du maire qui a prétendu que les populations de Bargny ont maintenant accepté la centrale à charbon, nous tenons formellement et vigoureusement à démentir ces propos », soutient-il. Selon lui, les populations de Bargny sont inquiètes et ont peur de cette centrale, car «aujourd’hui, poursuit-il, la menace d’une disparition certaine pèse comme une épée de Damoclès sur cette communauté».

Le sort réservé à Bargny est une profonde préoccupation environnementale au sein de cette communauté. «Non content de subir la pollution des mines d’une cimenterie d’à côté, les assauts répétés de l’érosion côtière et du courant de dérive littorale, comme condamné par le destin, Bargny voit s’implanter sur son sol, une centrale à charbon », soutient-il.

«Les enfants de Bargny sont terrifiés par cette centrale qui fait planer la menace de sa tour qui attend sa jumelle (car une deuxième centrale de 250 MW est encore attendue, selon le protocole … signé par le maire…, et qui scelle le sacrifice de toute une communauté sous l’autel de la satisfaction de vils intérêts personnels d’un maire», renchérit-il en interpellant le président de la République.

LES POPULATIONS TOUT SIMPLEMENT INDIGNEN

«Ce qui aujourd’hui crée l’indignation à Bargny, c’est le fait que celui-là qui devait défendre les intérêts des populations, en premier ressort, ait signé un protocole à l’insu des conseillers municipaux», a soutenu Mamadou Pouye, coordonnateur du comité. Il est appuyé par Fadel Wade, lui aussi membre du comité pour la défense des intérêts de Bargny. «Nous sommes indignés par la déclaration du maire qui a affirmé que tout Bargny adhère désormais à la construction de la centrale. Il avait mis sur pied un autre comité dont nous étions tous membres et au sein duquel nous n’avions jamais discuté de protocole. Si, alors, il fait cette déclaration, nous ne pouvons que le démentir», a signalé Fadel Wade.

Les femmes transformatrices de Khelcom où est érigée la centrale ont, elles aussi, été représentées. Fatou Samba, leur présidente est conseillère municipale. «Tout Bargny déplore ce protocole parce que nous avions un Conseil municipal le 1er mars et le maire ne nous avait nullement informé qu’il allait recevoir le ministre de l’Energie, le lendemain, pour cette signature. Par conséquent, ce protocole est bidon», a-t-elle déclaré.

LA VIE DE PLUS DE 1000 FEMMES TRANSFORMATRICES DE POISSON EN DANGER

Pour elle, la vie de plus de 1000 femmes qui n’ont d’autres ressources que la mer sera en danger par ce projet qui affecte et impacte aussi plusieurs centaines de familles, des lotissements de Minam 1 et Minam 2. Ces familles dont les maisons sont emportées par l’érosion côtière avaient bénéficié de délibérations sur le site de la centrale.

Pour rappel, en mai 2016, une plainte avait été servie par Lumière Synergie pour le Développement (LSD) et Takkom Jerry Polyvalence Culturelle et Environnementale à la Banque africaine de développement (BAD), le Fond public d’investissement néerlandais (FMO) et la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) (les bailleurs du projet) pour non-conformité du projet de construction de la centrale électrique à charbon de 125 MW de Sendou au Sénégal avec leurs différentes politiques de sauvegardes environnementales et sociales. Des missions de ces institutions financières étaient dépêchées à Bargny pour s’enquérir de la situation. C’est après que les travaux ont été momentanément suspendus en attendant de trouver un accord.

Nos tentatives de recueillir la version du maire ont été infructueuses.
sudonline.sn

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.