Agriculture : Plaidoyer pour la subvention des fertilisants naturels, contre l’érosion des sols

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L’érosion hydrique emporte chaque année un million 510 mille hectares de terres arables tandis que le vent cause la perte de 287 mille hectares. Une situation que l’on aurait pu éviter en recourant à l’amendement organique. Hier au Cices, des organisations ont mené le plaidoyer pour une subvention des fertilisants naturels et du compost par l’Etat.

Le Sénégal est un pays dont la majorité des sols sont ferrugineux tropicaux ou ferralitique. Cette caractéristique en fait des sols légers et exposés aux effets de l’érosion. Selon le secrétaire général de l’Institut national de pédologie (Inp), M. Pape Nekhou Diagne, ce phénomène favorise la perte de milliers d’hectares de terres chaque année. L’érosion hydrique est à elle seule responsable de la perte d’un million 510 mille hectares de terres arables, tandis que l’érosion éolienne a emporté 287 mille hectares, renseigne M. Diagne. Ces formes de dégradation qui s’attaquent à la partie la plus fertile du sol sont responsables de la baisse des rendements, de la productivité et de la biodiversité des terres. Elles occasionnent également dans les régions les plus touchées à savoir le Ferlo, la zone de Diass ou le Sine Saloum l’abandon des cultures et l’accroissement de l’exode rural, indique M. Pape Nekhou Diagne. Selon l’expert qui a introduit par une communication sur la situation de la dégradation et de la fertilité des sols au Sénégal, la journée de plaidoyer organisée hier par Action Aid, Fahamu Africa et des organisations actives dans le domaine de l’agriculture biologique au Cices, une simple action aurait pu changer les effets de ce phénomène de grande ampleur. Il s’agit du recours à la fertilisation naturelle. «L’amendement organique aurait pu sauver ces sols parce que la fertilisation naturelle confère une fertilité physique, chimique et biologique tout en augmentant les capacités de rétention d’eau des sols», explique M. Diagne. La situation est d’autant plus urgente que l’état de dégradation des sols fait peser de lourdes menaces sur la sécurité alimentaire. En effet, l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (Fao) constate qu’en l’état actuel des choses, il faut 20 hectares de terre pour nourrir une famille de 10 personnes pendant un an.
Les organisations réunies hier au Cices plaident ainsi pour un retour au compostage. Mais elles demandent surtout le soutien de l’Etat appelé à subventionner les fertilisants naturels au même titre que les engrais et autres pesticides. C’est tout le sens de l’engagement d’une organisation comme la Fédération des agropasteurs du Diender. Là-bas, ce sont eux qui ont pris conscience de la menace que représente l’utilisation des engrais et des pesticides qui ont décidé de revenir à des pratiques ancestrales et plus durables. «Nous avons créé la Fédération des agropasteurs du Diender en 1982 quand nous avons constaté une forte dégradation des sols et des effets très négatifs liés à l’utilisation des pesticides», explique Matar Ndoye. Depuis toutes ces années, l’organisation développe des pratiques culturales saines qui ont fini de faire leurs preuves. En effet, les rendements obtenus cette année sont d’un niveau exceptionnel dans les cultures de tomate, de pomme de terre et d’oignons, renseigne M. Ndoye. Cette même expérience est aussi menée par les femmes de la coalition «Nous sommes la solution». Avec l’utilisation de bouses de vache ou de fientes de poule, ces femmes ont plus que multiplié par deux leurs rendements dans la région de Thiès. Toutes ces organisations n’attendent plus aujourd’hui que la main tendue de l’Etat pour vulgariser ces pratiques.
mamewoury@lequotidien.sn

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