Afrobasket – Cheikh Sarr : «On peut y arriver»

Préparation de l’Afrobasket, gestion du groupe, le cas Djibril Thiam, l’entraîneur des «Lions» à bâtons rompus. Cheikh Sarr sans faux-fuyant.

Après les rapports techniques, psychologiques, sociologiques… avez-vous senti la nécessité de réaménager le groupe ?

Forcément, il fallait un réaménagement. Il y a des secteurs qu’il fallait améliorer. Amener peut-être du sang neuf. On a vu comment les joueurs se sont comportés durant le tournoi de Dakar. Ensuite, par rapport au projet qui est difficile à expliquer à des novices. Il y a des défenses qu’on voudrait faire. Il faut alterner les joueurs, les nouveaux et les anciens. Il faut un joueur rapide, un joueur expérimenté et de grandes tailles à la mène. Au niveau des ailiers, il faut des tireurs, des gens capables d’aider le meneur en cas de difficultés. Dans le jeu intérieur, il faut des gens capables de sortir et de tirer. Ce sont les trois paramètres sur lesquels on va se baser pour créer le projet de jeu. L’autre paramètre n’est pas technique, mais psychologique. C’est en rapport avec le niveau d’engagement et de motivation du joueur, sa capacité à se mettre au service de l’équipe. Tout ça ensemble peut créer une équipe.

Au-delà de l’aspect technique, est-ce qu’il y a des critères de choix indispensables ?

L’aspect psychotechnique est fondamental, parce que le basket est un sport collectif. En dehors de ces deux critères, le leadership est extrêmement important : la capacité à encaisser des coups, en donner et savoir se relever. L’autre aspect, c’est du côté de l’entraîneur : le type d’entraîneur qu’on a. Il y a des entraîneurs autoritaires, des entraîneurs qui se laissent faire et d’autres démocrates. Il faut un pourcentage de chaque profil pour faire un bon entraîneur.

Quel est votre style de management ?

J’ai un bon rapport avec les joueurs. Je suis taquin. Je rigole avec eux. Il n’y a pas de barrière. Mais, j’ai mon caractère. Il y a des choses que je n’accepte pas : qu’on me marche sur les pieds. J’aime quand je demande de faire quelque chose, qu’on le fasse. C’est important pour tout le monde. Egalement, je connais le caractère de tous les joueurs. Il y a ceux qui ont besoin d’être boostés, d’autres sur lesquels il faut hausser le ton pour qu’ils fassent le travail. Il y en a d’autres, quand tu hausses le ton, ils ne font plus rien. Les plus affectifs ont besoin de caresses pour jouer… Les profils sont différents. Le plus important, c’est le rôle que le joueur doit accepter de jouer. Un joueur peut accepter d’être remplaçant alors qu’au fond de lui, ce n’est pas sincère. C’est au moment où il y aura des problèmes qu’il va le manifester. C’est cela qui est compliqué.

Il se dit que vous avez un tempérament chaud, qu’il vous arrive de crier sur des joueurs et de les indisposer parfois ?

Un entraîneur du nom de Robert Montgomery «Bobby» Knight (entraîneur de basket américain) s’est énervé en plein match et a cassé la télé avec une chaise avant de partir. Il y a un autre qui sort du terrain, il accélère sa voiture et la laisse partir. Des fois, tu es tellement en colère qu’il faut casser quelque chose pour arrêter au lieu d’aller vers les joueurs. Il faut toujours faire quelque chose qui peut te calmer. C’est pour montrer aux joueurs que tu n’es pas d’accord. Je ne suis pas un entraîneur compliqué. J’aime les règles, l’organisation. C’est ma nature. Mais je suis très flexible. Pour autant, je n’accepte pas le bordel.

On vous reproche aussi des choix affectifs…

Non, il n’y a pas de choix affectif. Mes collaborateurs (Parfait Adjuvon et Raoul Toupan) sont très loyaux et comprennent le basket. Ils ont leur mot à dire et font leurs listes comme moi. Après, on fait des comparaisons à trois. Si moi, je prends un joueur, Parfait ne le prend pas, Raoul ne le prend pas, mais il ne passe pas. Mais lorsque deux joueurs sont à égalité, c’est moi qui décide. Tous les entraîneurs veulent gagner. Je n’ai aucun intérêt à prendre un joueur en passant par des critères affectifs. Cela n’a pas de sens.

Il y a un débat qui dit qu’en Afrique, les entraîneurs locaux ont souvent un complexe devant les egos des grands joueurs évoluant dans les grands championnats et qui touchent des fortunes. Un joueur comme Gorgui Sy Dieng, qui évolue en Nba, est-il difficile à gérer ?

Je n’ai pas ce problème. Je ne prends pas Gorgui comme un joueur de la Nba. Je le vois comme un petit frère que j’ai coché à Seeds Académie. Je connais toute sa famille, je connais ses parents, sa femme… On n’a aucun problème. Quand j’ai envie de dire quelque chose à Gorgui, je le lui dis en face. Je ne dépends pas des joueurs. Aucun joueur au monde ne peut se lever un jour et dire : «J’ai donné un franc à Cheikh Sarr.» J’ai ma liberté d’opinion. J’ai envie d’être comme je suis,naturellement. Quand j’ai envie de dire des choses, je les dis. Quand je dois péter les plombs, je pète les plombs. Je ne dépends de personne, à part le Bon Dieu. Mais Gorgui Sy Dieng a un grand cœur. Il est très disponible. Il appelle, il donne des conseils aux autres personnes. Il emmène des choses, il les donne, parce que c’est entre eux. Ça, c’est bien. C’est excellent. Mais nous sommes des entraîneurs, nous avons besoin de notre liberté.

Il y a l’épisode de la Coupe du monde avec Djibril Thiam. Qu’est-ce qui s’était réellement passé et pourquoi vous aviez agi de la sorte. Et semble-t-il, Djiby Thiam est exclu de l’Equipe nationale ?

J’avais promis à tout le monde de ne pas en parler. Seuls les gens qui étaient là-bas savent ce qui s’était passé. J’ai envie de protéger le joueur Djiby qui est un gars bien, un gars positif qui a un grand cœur et croit en Dieu. Je l’estime. C’est pourquoi, je l’ai emmené. Le seul problème, c’est qu’il est resté trois matches sans jouer et n’était pas le seul. Beaucoup de joueurs qui étaient en Equipe nationale ne jouaient pas tous les matches. Alors, il a pété les plombs au mauvais moment. Je n’ai pas apprécié la façon. C’est un professionnel, il ne devait pas le faire. Je ne veux pas revenir là-dessus. Je le respecte. On a échangé des emails, on a parlé et tout est rentré dans l’ordre. Mais j’estime que ce n’est pas le bon moment pour qu’il revienne en Equipe nationale pour cette campagne. Ça va faire parler la presse. Mais c’est un joueur valable, capable de revenir et de faire de bonnes choses. Cela dit, il n’y a aucune sanction prise contre lui, ni par moi, ni par la fédération.

Y a-t-il dans votre groupe des joueurs aux egos qui vous dépassent parfois ?

Tout le monde «pète» les plombs. Le joueur «pète» souvent les plombs parce qu’il n’a pas bien fait. Il s’énerve contre lui-même. Mais l’entraîneur n’aime pas ça. Même si le joueur n’arrive pas à bien faire les choses, il garde son calme, gère bien ce niveau de stress pour réajuster afin de ne pas impacter le groupe. Tous les joueurs ont un ego. Ils pensent à eux, après ils pensent à l’équipe. Je suis en train de tout faire pour inverser la chose, mais c’est très difficile.

En quoi faisant ?

En leur parlant du projet. Sachant qu’ils ont tous le même objectif. Sur le terrain, on a besoin de joueurs qui ont de fortes personnalités, qui ont un grand caractère. Si tu n’as pas cela, tu auras des problèmes. Nos joueurs sont des gagneurs des gens qui ont envie.

Quelles sont vos ambitions pour l’Afrobasket 2015 ?

Je suis très ambitieux et je bosse dur pour arriver à ce niveau-là. Ensuite, le niveau où on est allé au Mondial, c’est ça qui fait dire à tout le monde qu’on peut gagner la Coupe. Mais, c’est leur intention. On est passé de la 9e place à la 7e, 5e, 3e et 2e tour au Mondial. Donc, on est monté en puissance. S’il n’y a pas de poisse, peut-être qu’on peut arriver à ça. Mais, ce n’est pas 1+1=2. C’est l’engagement total, le niveau de confiance, l’envie, la motivation, la récupération. Ce n’est pas évident du tout.

Vous travaillez avec ce groupe depuis 2012. Est-ce qu’on peut dire que le groupe a atteint la maturité ?

Ça reste. Leur niveau de compétition est énorme. Tous les joueurs évoluent dans des championnats très relevés et peuvent transférer ce truc là en Equipe nationale du Sénégal. Mais je ne peux pas dire que le niveau de maturité est atteint. On le saura lorsqu’on gagnera la Coupe. La gestion des temps de jeu, la gestion de la balle, la gestion du banc… pourront expliquer qu’on a la maturité ou pas.

Hamady Ndiaye va-t-il manquer à l’équipe à l’Afrobasket ?

Oui ! Hamady est motivé et disponible. On l’adore. Donc, on a manqué de chance parce qu’il a voulu refaire sa carrière et tout. On lui souhaite bonne chance. La porte de l’Equipe nationale est toujours ouverte pour lui.

Wiwsport

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